Said Chourar

Aurélie Picard et Ahmed Tidjani

Histoire d'amour véridique entre Si Ahmed Tidjani de la zaouia tidjania du Sud Algérien et la jeune française Aurélie Picard....
Ceux et celles qui liront le début de cette histoire pourront faire leurs commentaires pour m'encourager à continuer dans son écriture...




La prise de fonction
(1837quelque part en France)
 
Une caserne de gendarmerie. Le jeune Claude Picard arrive dans la cour un sac à la main. Il est 8 h du matin et il se présente au poste de garde :
- BonjourMonsieur le gendarme !
- Bonjour Monsieur ! A votre service.
-  Je suis le nouveau gendarme Claude Picard et je suis venu prendre mes fonctions
- Asseyez-vous là ! Monsieur le Brigadier va bientôt arriver. Il est dans les alentours en train d’inspecter les dortoirs.
- Merci Monsieur !
   Claude Picard s’assoit et observe les va-et-vient des nombreux gendarmes dans la cour qui s’affairent chacun selon ses occupations. Quelque temps après arrive le Brigadier. Le gendarme de faction se met au garde à vous :
- C’est la nouvelle recrue dont vous m’avez parlé hier Monsieur le Brigadier !
- Soyez le bienvenu dans notre caserne
- Merci Monsieur !
- Vous pouvez m’accompagner dans mon bureau pour les formalités d’usage
- Bien Monsieur
     Claude Picard se lève et suit le brigadier. Ils traversent la cour et rejoignent les bureaux de la brigade. Au passage, les jeunes gendarmes saluent leur brigadier. Ils entrent dans un bureau modestement bien tenu.
- Asseyez-vous gendarme Picard car tel sera votre nom à partir d’aujourd’hui
- Merci Monsieur le Brigadier
- J’ai eu le plaisir de parcourir votre dossier et vous êtes tout désigné pour servir ce corps d’élite qu’est la gendarmerie. Vous serez affecté au service de l’intendance puisque vous êtes instruit et que votre niveau est bon.
Actuellement, la France a besoin de tous ses hommes de valeur car nous avons beaucoup à faire avec les nouvelles colonies de par le monde et principalement en Afrique.
Actuellement, gendarme Picard, la France est présente en Algérie et elle est confrontée à une grande insurrection conduite par celui qu’on appelle l’émir Abdelkader. Cet homme nous donne du fil à retordre avec ses bandes de fidayîn, fidayîn qu’ils appellent ces hors-la-loi.
- Je serais fier de servir la France Monsieur le Brigadier et il vous appartient de m’affecter sur le champ si vous le voulez vers cette nouvelle contrée et je me mets au service de notre glorieuse armée.
- C’est bien gendarme Picard mais il vous faudra vous adapter un certain temps ici avant de vous envoyer au charbon là-bas dans ce pays merveilleux que nous voulons civiliser. Cet émir nous pose de grands problèmes et je vous conseille de vous initier à la langue arabe avec notre instructeurarabe si vous avez l’intention de partir un jour servir notre patrie là-bas.
- Je me mettrais à l’apprentissage de la langue arabe et je ferais tout pour partir en Algérie me mettre au service de notre pays.
- Bien gendarme Picard ! Voilà une sage décision. Bon gendarme Picard, je vais appeler un de vos collègues qui va vous remettre votre paquetage et votre dortoir.
Le Brigadier ressort et au bout de quelques instants, il revient avec un gendarme d’une trentaine d’années :
-Voilà votre collègue le Sergent Dubois, il va vous accompagner pour toutes les formalités d’usage et vous pourrez commencer dès demain votre travail pour lequel vous avez été formé à l’Ecole de Gendarmerie.
 Vous verrez que vous allez vous plaire avec nous et que le travail, ici, n’est que routine comparativement à ce que font nos gendarmes en Algérie avec les bandits de l’émir Abdelkader.
- D’accord Monsieur le Brigadier, j’essayerai d’être à la hauteur de votre attente et de la confiance dont vous m’avez investie.
- Bien Gendarme Picard, vous pouvez rejoindre vos quartiers avec le Sergent Dubois. Sergent Dubois !
- A vos ordres Chef !
- Vous pouvez aller vous occuper du Gendarme Picard et faites lui connaître tous les recoins de notre caserne
- Bien Chef ! Ce sera fait.
          Les deux hommes sortent et le Sergent salua son supérieur dans un geste solennel.
 
 
Le siège de Ain Madhi
(1838)
 
Une longue colonne de cavaliers portant armes et épées. A leur tête l’émir Abdelkader. D’un geste, il donna l’ordre à sa cavalerie de s’arrêter.
- Voilà que nous sommes à quelques kilomètres de la zaouïa tidjania de Ain Madhi.
Comme vous le savez, nous sommes là pour mener une action punitive contre son Chef le cheikh Mohamed Seghir Tidjani dont les accointances avec le colonialisme Français n’est plus à démontrer. La zaouïa de Ain Madhi est une véritable forteresse et elle peut résister à un long siège. Nous sommes là pour punir le Cheikh Mohamed Seghir qui refuse de lever l’étendard du djihad contre l’ennemi.
    La foule crie :
- Allah Akbar ! Allah Akbar. Mort aux traîtres, mort aux traîtres.
- Nous allons trouver une grande résistance et il nous est impossible de pénétrer cette forteresse mais nous allons camper à côté pour les priver de tout mouvement et cela devra durer de longs mois afin que ce renégat sache qu’est qu’il encourt de servir l’ennemi de Dieu et de notre peuple.
- Allah Akbar, Allah Akbar. Vive l’émir Abdelkader
- A notre arrivée, vous verrez que toutes les portes de la ville de Ain Madhi seront fermées car des « chouafs » ou guetteurs ont déjà signalé notre présence. Donc, nous allons feindre quelques attaques mais nous n’allons pas attaquer car c’est impossible d’y pénétrer sans gros moyens et dans ce désert, nous n’avons que nos chevaux et nos armes rudimentaires. Ce qu’il nous faut pour les déloger, ce sont ces canons français qui terrorisent nos populations et bientôt nous allons essayer de créer nos propres fabriques d’armes, inchallah !
- Vive l’émir Abdelkader ! Vive l’émir Abdelkader !
- Que Dieu nous guide et nous aide. En avant mes frères et installez votre campement tout autour de Ain Madhi afin que ces fourbes se sentent toujours en danger de mort.
L’émir leva la main et la cavalerie fonça à brides abattues soulevant un nuage de poussière.
 
 
Dans la zaouïa de Ain Madhi
1838
 
Deux cavaliers arrivent en trombes. De loin, l’un d’eux lève un drapeau blanc sur son épée. Les vigiles postés sur les remparts crient :
- Ouvrez la porte ! Ce sont nos guetteurs. Faites vite.
Des hommes en armes ouvrirent la gigantesque porte de bois recouverte de plaques en fer et les deux cavaliers entrèrent sous une traînée de poussière de sable fin.
 - Prenez nos brides, brave Athmane, le vénérable cheikh Mohamed Seghir nous attend à la mosquée.
Les deux hommes accélérèrent le pas et entrèrent dans la mosquée de la ville fortifiée. Tous les hommes de la confrérie étaient là autour du vénérable cheikh Mohamed Seghir Tidjani.
A la vue des deux cavaliers, Mohamed Seghir leur fit un geste de s’avancer.
-  Quelles sont les nouvelles, brave Abdelhak ?
- La cavalerie d’Abdelkader approche de Ain Madhi et ses troupes de fantassins sont nombreuses ! Nous les avons vues faire une halte et il était en train d’haranguer ses hommes. Quand ils décidèrent de continuer leur route vers nous, nous avons volé pour vous apporter nos informations.
- Braves hommes de notre confrérie ! Il vous faut prier Dieu le Tout Puissant de nous venir en aide contre Abdelkader et ses bandes. Rayan ?
- Oui vénérable Cheikh !
- As-tu préparé la défense de la ville comme prévu dans nos plans ?
-  Notre forteresse est imprenable et nous avons des vivres pour soutenir un siège de trois années. L’eau ne manque pas dans les puits de la palmeraie et nos guerriers ont acquis des chassepots français qui peuvent repousser toute attaque éventuelle.
- Cheikh ?
- Oui Belkacem !
- L’émir Abdelkader n’osera même pas attaquer notre forteresse et le seul inconvénient c’est que nous devons supporter un isolement total jusqu’à la levée de ce siège. Nous ne pouvons pas compter sur l’aide des troupes françaises car l’émir a laissé des groupes de pillards qui se déplacent d’une région à une autre en procédant à des recrutements massifs en faveur de cette action insensée !
- L’émir Abdelkader manque de jugement, mes chers amis ! Il fera son djihad durant de longues années mais il reviendra à l’évidence que notre peuple n’a pas les moyens de combattre une armée française dotée de fusils performants et de canons qui sèment la mort partout.
- Les nouvelles parvenant de partout nous informent que des peuplades gagnées à la cause d’Abdelkader sont décimées sans aucune pitié n’épargnant ni enfants ni femmes ni vieux. Des tribus entières ont été enfumées lorsqu’elles se réfugièrent dans des grottes. C’est ce que nous voulons épargner aux tribus composant notre confrérie.
- Notre confrérie n’est pas contre l’appel au djihad prôné par l’émir Abdelkader mais il a été fait dans la précipitation et le dénuement et ce soulèvement se terminera par la débâcle de son initiateur et  de ses troupes.
- Le djihad est un appel sacré mais il doit être bien préparé pour donner à cette entreprise des chances de réussir. Nous ne sommes pas plus forts que la Porte Sublime dont le représentant à Alger, le Dey Hussein, a signé une capitulation devant le Maréchal de Beaurmont et sans opposer aucune résistance.
-  Mes hommes ! Vous pouvez aller dans les quartiers de notre citadelle porter la bonne parole auprès de tous. Et tenez moi informé de tous les développements de la situation. Je dois être informé de chaque détail de la vie de notre citadelle. Rayan ?
- Oui vénérable Cheikh !
- Veillez à donner du grain en quantité aux pauvres de notre citadelle et que chaque famille ne manque de rien et nous avons des provisions qui peuvent tenir face à un siège de trois ans.
- Il en sera fait selon votre volonté vénérable Cheikh !   Et nos braves jardiniers nous fourniront tous les légumes et les fruits dont nos hommes ont besoin.
- Vous savez que je suis malade et que je dois rejoindre mon lit pour prendre quelque repos mais vous pourrez me réveiller à tout moment où vous sentirez un moindre danger.
- Allez vous reposer vénérable Cheikh ! Vos hommes connaissent parfaitement leurs rôles et ils ont déjà connu des actions du genre de la part d’autres belligérants.
    Le cheikh Mohamed Seghir se retire dans ses appartements et ses lieutenants vont rejoindre leurs quartiers pour veiller à tout. Les hommes postés sur les remparts de la ville crient fort :
- Les cavaliers d’Abdelkader arrivent. Ils arrivent !
- Soyez prêts à les repousser avec vos armes
- Nous sommes prêts à mourir pour la défense de notre citadelle
       Les troupes d’Abdelkader arrivent et se tiennent loin des murailles fortifiées de la ville. Ses hommes commencèrent à installer leurs bivouacs tout autour de la ville.
Un émissaire d’Abdelkader se tenant à côté de lui se détacha pour aller vers les remparts de la ville en levant un drapeau blanc.
    L’homme juché sur un beau cheval noir arriva devant la grande porte centrale et Rayan se mit sur le rempart pour écouter la nouvelle qu’il apportait.
- Gens d’Ain Madhi ! Je viens ici porteur du message de l’émir Abdelkader digne fils de Mahiédine au cheikh Mohamed Seghir de la zaouïa tidjania…
- Dites toujours émissaire et je suis Rayan le représentant du vénérable cheikh Mohamed Seghir…
 
 
Le long apprentissage de la vie de gendarme
1838
 
   La caserne de la gendarmerie en France. Il est 6h du matin. Les gendarmes sont en rangs dans la cour pour la levée des couleurs. Le soldat Picard lance à l’adresse du peloton :
- Garde à vous !
Les gendarmes s’exécutèrent et on voit arriver deux gendarmes l’un derrière l’autre
Alors que le premier portait le drapeau français soigneusement plié dans ses bras. Un clairon accompagnait la marche des deux gendarmes. Ils s’immobilisent en arrivant devant le porte étendard de la cour.
- Repos
   Les deux gendarmes s’occupèrent de l’opération comme à leur habitude puis on entendit la voix du gendarme Picard :
- Garde à vous, repos ! Garde à vous, repos ! Garde à vous. Levée des couleurs !
     Le clairon résonna de nouveau et les gendarmes levèrent le drapeau.
- Repos ! Vous pouvez rompre et rejoindre vos postes de travail
  Le gendarme Picard alla vers le Brigadier.
- Je viens vous présenter le rapport de la journée Chef
- Venez dans mon bureau Gendarme Picard car j’ai quelques recommandations à te faire puisque tu es le sous-officier de semaine. Suivez-moi Gendarme Picard !
- Je vous suis Chef !
       Les deux gendarmes traversent la cour de la caserne tandis que les autres rejoignent leurs postes respectifs. Ils entrent dans le bureau.
-Asseyez-vous Gendarme Picard. Allez, vous pouvez me faire le point.
- Pour l’affaire de la vache de Monsieur Mauroy, le problème a été résolu puisqu’il a retrouvé sa vache qui s’est égarée dans un bosquet alors qu’il avait cru à un vol de bétail dans la région. Monsieur Mauroy nous a reçu chez lui et il était content de retrouver sa chère Juliette car il l’appelle comme ça sa petite vachette.
- Ah bon ? Il l’appelle Juliette et je pense que c’est le prénom de sa femme ?
- C’est ce qu’il m’a expliqué. Il m’a dit que c’était sa femme qui l’a mise au monde et qu’elle avait tenu à lui donner son prénom et que cela lui porterait bonheur !
- Oh ! la belle superstition ! Et je suis fort heureux du bon dénouement de cette affaire car je redoutais le retour du vol de bétail comme nous l’avons connu il y a quelques années. Alors continue !
- Quant à l’affairedes deux frères Duppérey, les deux sont revenus à de bons sentiments et ils se sont accordés à régler le différent frontalier qui les oppose en recourant à la justice. Donc, les deux affaires sont résolues sans graves problèmes.
- Et qu’en est-il de l’affaire du jeune gendarme Patrick Brouillon ?
- Il est trop introverti et il ne parle pas trop ! Mais quand j’ai décidé de le prendre tout seul, il m’a tout dit et avoué.
- Ah ! Bon.
- Effectivement Chef ! C’est un gentil garçon qui n’aime pas trop parler de lui ni trop fréquenter. Mais c’est un comportement tout à fait normal.
- Vous trouvez Gendarme Picard qu’il est normal qu’un jeune gendarme consciencieux et qui vit dans une brigade soit toujours coupé du reste de ses collègues ?
- Ce sont les autres qui doivent aller vers lui ! Il a eu une éducation paysanne et ces gens là travaillent plus qu’ils ne parlent. Il m’a raconté que ses parents ont décidé de divorcer et que vu qu’il avait cinq petits frères, il ne sait pas trop comment fera sa maman.
- C’est vraiment malheureux et ça explique son isolement. C’est naturel qu’il éprouve le désir de s’isoler mais essaye de le tirer de cette situation et accorde lui-même un congé spéciale afin qu’il aille s’enquérir de l’état des siens.
- D’accord Chef ! Il seracontent de prendre ce petit congé qui va lui permettre de voir sa famille. Surtout que son père a décidé de prendre une seconde épouse et que tous ses frères et sœurs ont quitté le domicile familial pour aller vivre chez ses grands parents maternels dans un village voisin du sien.
- Accorde lui quinze jours de congé et il pourra aller régler tous ces problèmes qui pèsent sur sa petite personne. C’est un garçon très bien et nous devons veiller sur son bon moral.
- Bien Chef ! Je vais rejoindre le poste de police car je suis de service jusqu’à la fin de la semaine. J’ai encore trois jours à faire pour pouvoir rejoindre mon poste au niveau de l’intendance. Cette semaine m’a permis de me soustraire un peu à la routine du bureau de l’intendance.
- Non ! L’équipe de l’intendance travaille bien et tu n’as pas à t’en faire. Vas mon ami et sache que je suis satisfait de ton travail.
- Merci Chef et je suis fier de servir sous vos ordres.
Claude Picard salue son chef et tourne les talons pour ressortir et rejoindre le poste de police de la caserne.
 
 
Si Mohamed Seghir Tidjani
1839
 
    Dans la maison de Si Mohamed Seghir. Une assemblée des moqqadems de la zaouïa.
Si Mohamed Seghir recevait ce jour là les chefs de la confrérie dans un grand salon richement décoré.
- Mes chers amis, je vous ai réunis aujourd’hui pour vous donner mes instructions quant à la gestion des affaires de notre confrérie. Depuis le siège d’Abdelkader qui a duré huit longs mois, les dons n’arrivent plus à notre zaouïa et nos vivres se sont amenuisés car les caravanes avaient cessé de venir de peur de subir les razzias des bandes d’Abdelkader.
La zaouïa de Temacine a été épargnée par les groupuscules d’Abdelkader et nous remercions Dieu pour cela et nous devons déléguer nos percepteurs pour « boire le laitage » que nous doivent nos fidèles aux quatre coins du vaste territoire qui est sous notre influence du Maroc jusqu’au lointain Soudan.
- Nous avons pris toutes nos dispositions, vénérable Cheikh ! Et nous allons envoyer nos moqqadems avec des caravanes composés de chameaux et de cavaliers aguerris pour sillonner nos territoires et lever l’impôt qui nous est dû.
- Combien de groupes avez-vous constitué Rayan ?
- Nous avons envoyé trois groupes au Maroc, trois autres groupes vers l’Oranie,  trois autres groupes vers la Maurétanie, trois autres groupes vers le lointain Sénégal, trois autres groupes vers l’Afrique noire, trois groupes vers la Libye, trois autres groupes vers la Tunisie et enfin trois autres groupes vers le Soudan en attendant de constituer d’autres groupes pour les envoyer vers d’autres contrées qui nous ont sollicité pour des « ziaras »
- Il nous faut entretenir la flamme du message de la confrérie chez toutes les tribus qui nous ont fait allégeance. Il nous faut déléguer des moqqadems pour aller prêcher la bonne parole auprès de ces peuplades et de là récolter les offrandes en dons et en nature vu que nous avons souffert de ce siège qui nous a été imposé par l’émir insensé de Mascara.
- Huit mois lui ont suffi pour reconnaître son échec et l’installation de la garnison française à Laghouat l’a persuadé que ses jours étaient comptés en s’aventurant dans le désert. Ses bandes de hors-la-loi ne peuvent tenir face aux canons de la France et il leur faut des coins plus sûrs telles que les montagnes et les forêts pour trouver refuge et quiétude. Nous n’allons pas les revoir de sitôt dans les parages car les troupes françaises le traque partout.
- Nous devons entretenir de bons rapports avec les chefs français de Laghouat et cela nous permettra d’épargner à nos populations le sort de celles qui se sont ralliées à l’émir Abdelkader.
- Les nouvelles sont alarmantes ! Il parait que les soldats français ont procédé à des massacres de tribus entières rasant tout sur leur passage : les enfants, les femmes et les vieillards sont tués de sang froid et leurs biens sont confisqués systématiquement au profit de l’empire français.
- Les temps sont difficiles mes chers frères ! Un proverbe bien de chez nous dit : 
Embrasse la main que tu ne peux pas mordre en attendant de le faire un jour ! » 
Et notre neutralité nous a si bien réussi jusqu’à présent. Il n’est pas dit que le « djihad »
n’est pas recommandé par notre saint Coran mais Dieu dit : «  Et vous ne devez pas vous jeter au mal ». Nous ne pouvons affronter une armée aussi puissante sans risquer de perdre tout ce que nous possédons et notre liberté d’action. L’homme sage doit savoir analyser les situations et agir en conséquence en perpétuant les enseignements de notre prophète vénéré.
- Vénérable Cheikh ! Ta droiture et ton sens des responsabilités nous ont assuré une certaine protection et la venue de la troupe française dans la garnison de Laghouat nous a apporté la sécurité face aux attaques des bandes d’Abdelkader qui se sont repliées vers le nord ouest du pays. Il y a longtemps que nous n’avons pas enregistré d’attaques de nos caravanes car les troupes françaises harcèlent de nuit comme de jour la smala d’Abdelkader.
- Mes chers frères ! La France est notre alliée en ce moment et le Commandant de la garnison de Laghouat a intercédé auprès de moi pour installer une garnison à Ain Madhi et il mettra le
Lieutenant Delacroix à la tête de celle-ci. Ce lieutenant parle et écrit l’arabe mieux que n’importe
qui de nos jeunes taleb. Il est vraiment féru de culture orientale qu’il a étudiée. C’est aussi un passionné de poésie populaire orientale et j’ai eu l’occasion de l’écouter réciter les meilleurs poèmes de notre patrimoine.
Mais il est de notre devoir de collaborer avec lui tout en gardant notre autonomie d’action et nous nous sommes entendu pour cela. D’ailleurs, le  Commandant Délpèche a intercédé auprès du Général……………… pour que nos caravanes puissent se déplacer en toute liberté pour récolter les dons des  ziaras auprès des tribus qui nous sont fidèles.
 Vous pouvez partir mes amis et que Dieu vous aide dans vos voyages et portez la  bonne parole à nos frères qui attendent vos visites avec impatience. Portez leur ma baraka et dites leur que le Cheikh Mohamed Seghir prie toujours pour eux.
La discussion continua ainsi sur le sujet des ziaras et des dons et la préparation des voyages.
- Vous pouvez aller mes braves et que Dieu vous accompagne dans ces voyages éreintants qui vont nous apporter les vivres dont a besoin notre communauté pour vivre.
Les moqqadems prirent congé du cheikh qui rejoignit son palais pour se reposer.
 

 
 Claude Picard et son amie Marie
1839
 
   Le gendarme Claude Picard était à dos de cheval en compagnie de deux gendarmes dans le village de Montigny. En passant devant la ferme des………….., une jeune femme était occupée à donner du grain à la volaille familiale.
- Bonjour Marie ! Comment vas-tu ?
- Bonjour Sergent, je vais bien grâce à Dieu.
- Bonjour Mademoiselle
- Bonjour Messieurs les gendarmes ! Vous êtes les bienvenus dans notre modeste demeure
- Merci Marie ! Nous étions juste de passage dans votre village pour cette histoire de moutons morts et je me suis dit que je me devais de faire un crochet par la maison de Marie que je n’ai pas vue depuis bien une semaine.
- Effectivement, Sergent, c’est que j’étais très occupée à aider mes parents dans les travaux des champs et je n’ai pas pu me libérer pour venir vous voir. Mais descendez de vos montures et mettez les aux écuries. Mon père et ma mère sont toujours heureux de vous revoir.
- D’accord Marie !
     Les gendarmes descendent de leurs chevaux, les tiennent par leurs brides et se dirigent vers les écuries de Marie. En cours de route :
- Alors Sergent ! Quoi de neuf ?
- Appelle-moi Claude Marie car ça fait trois mois que nous nous connaissons et je ne vois pas pourquoi user de ce « sergent » qui ne sied pas à notre amitié naissante.
- D’accord Claude ! Ma mère et mon père me parlent souvent de toi comme d’un homme probe et droit. Mon père m’a dit dernièrement : « Ce Claude Picard est un homme de bonne souche ma fille et je serais toujours heureux de l’accueillir dans ma demeure » et c’est aussi le sentiment de ma mère.
- Vos parents sont admirables Marie et tout le plaisir est pour moi de venir vous rendre visite.
- Attachez vos chevaux et allons les rejoindre à la maison pour partager notre repas frugal en leur compagnie.
- Non ! nous n’allons pas profiter de votre hospitalité et c’est surtout pour te revoir que je suis passé par chez toi.
     Les trois gendarmes attachent leurs chevaux, Marie leur donne du foin s’aidant au moyen d’une grande fourche.
- Voilà !  Comme ça, ils auront de quoi manger en attendant de les faire boire à l’abreuvoir de notre ferme.
- Oh ! Tu es toute  gentille Marie et c’est avec plaisir que je viens toujours ici pour te voir.
- Tu seras toujours le bienvenu mon cher Claude.
     A cet instant le père et la mère de Marie sortent de leur maison et viennent à la rencontre des quatre jeunes gens.
- Bonjour Sergent ! Soyez les bienvenus dans ma maison.
-  Merci Monsieur et tout le plaisir est pour moi de vous revoir vous , votre femme, vos enfants et Marie tout particulièrement.
- Nous sommes toujours heureux de vous recevoir ici chez nous et ma fille n’en sera qu’heureuse que tu viennes souvent.
- Le travail m’accapare tout mon temps et ce n’est pas l’envie qui me manque de vous revoir ainsi que Marie qui reste une fille remarquable.
- Tu es aussi remarquable Claude et ma fille ne cesse de louer tes qualités. Je crois qu’elle est amoureuse de toi mon cher Claude.
- Ah ! Madame ! Si j’étais sûr que Marie serait amoureuse de moi, je viendrais plus souvent chez vous.
- Elle l’est pauvre Sergent et elle ne cesse de me ratatiner les oreilles avec ses paroles du genre « Claude est un garçon prévenant » , « Claude est un garçon bien élevé » etc.… C’est tous les jours que je subis ses insinuations et en tant que mère je sais qu’elle t’aime Claude.
       Les présents entrent dans la maison de Marie et prennent place dans le salon familiale.
- Asseyez-vous mes enfants ! Je vais vous servir à manger puisqu’il est midi pile et que nous nous apprêtions juste à passer à table…
 
 
Claude et Marie dans la cour de la ferme
1839
 
- Le repas de ta maman était excellent Marie !
- Merci Claude ! Tu sais que mes parents sont toujours contents de te voir chez nous.
- Et que dire de moi qui ne fais que trouver un moyen pour venir te voir Marie car depuis notre première rencontre, je savais que tu étais la femme de ma vie.
- Es-tu sûr de toi Claude ?
- Je suis sûr Marie mais dis-moi si tu éprouves les mêmes sentiments à mon égard ?
- Tu veux connaître le fond de ma pensée mon cher Claude ? Viens que je t’embrasse et ce sera notre premier baiser d’amour.
- Oui mon amour !
    Les deux jeunes gens se serrent dans une étreinte folle et à l’intérieur de la maison alors que les deux autres gendarmes prenaient un verre de champagne, les parents de Marie observaient avec tendresse les deux amoureux :
- Ils s’aiment nos deux amoureux ?
- Oui, ma chère épouse ! Et ils feront un beau couple. Marie est une belle fille et Claude fera un gendre merveilleux.
- Ils se dirigent vers les écuries et je devine leur quête.
 Dans les écuries, Marie est aux bras de Claude.
- Je t’aime Claude et je ne sais comment te le faire sentir
- Je t’aime aussi Marie et je vais demander ta main à tes parents
- Quand est-ce que tu le feras mon amour ?
- Je viendrais la semaine prochaine ma chérie et je te demanderais en mariage mais dis-moi mon amour ?
- Oui mon beau Sergent !
- Me veux-tu pour mari ?
- Je te veux pour la vie mon bel ours !
   Les deux amoureux s’embrassent et Claude lui passe les mains autour de sa taille en la faisant coucher sur les bottes de foin.
- Attention ! mes parents peuvent rappliquer à tout moment.
- Ils savent que nous nous aimons et ils sont en train de tenir compagnie à mes deux collègues qui prennent le champagne en attendant de nous permettre de nous voir toi et moi.
- Allons les retrouver
      Quelque temps après, les convives s’apprêtent à quitter la maison de Marie.
- Nous serons toujours heureux de vous revoir ici parmi nous et la plus heureuse sera notre fille Marie
- Moi aussi, j’ai toujours le plaisir de venir chez vous
- Ma fille sera toujours ravie de te revoir Sergent
- Moi aussi Madame et c’est toujours avec plaisir que je revois votre chère fille que je désire connaître un peu plus. Notre maison sera la tienne Sergent et tu pourras toujours venir la voir quand tu voudras.
- Nous allons vous quitter avec toujours cette pointe de regret et je passerais bientôt seul pour te voir Marie et j’ai beaucoup de choses à te raconter.
- Je t’attends Claude avec impatience car moi aussi j’ai beaucoup de choses à te dire.
      Les trois gendarmes enfourchent leurs montures et Marie suit Claude en marchant à côté de sa belle jument.
- Marie ! je viendrais pour voir tes parents et sceller définitivement notre union car je veux mettre un terme à mon célibat.
- Mes parents n’attendent que ce moment Claude
- Je t’aime Marie
- Je t’aime aussi Sergent Picard.
        Les deux gendarmes restés en arrière saluent les parents de Marie et rejoignent leur chef.
- Nous pouvons partir Chef !
- Oui mes amis ! Nous pouvons partir car nous avons quelques kilomètres à faire pour rejoindre notre caserne. Je te laisse Marie aux soins de tes parents et à Mardi puisque je viendrais.
- Prends soin de toi Chef Picard et j’attends ce mardi avec empressement.
         Sur ce, les trois gendarmes donnent de petits coups de fouets à leurs montures qui partent au trot  soulevant un petit nuage de poussière et Marie ainsi que ses parents lèvent leurs mains en signe d’au revoir. Les frères et sœurs de Marie restés à l’intérieur sortent rejoindre leurs parents qui s’apprêtaient à rentrer à la maison tout en continuant à regarder vers les trois cavaliers.
- Ce Claude Picard est un homme de bien et il sera un bon mari pour toi ma chère Marie.
- Oui père ! Et je vous informe qu’il est décidé à venir vous demander ma main officiellement dès mardi.
- C’est une bonne nouvelle ma fille. Allez ! Venez mes chers enfants votre sœur Marie va bientôt nous quitter pour devenir Marie Picard.
      Le plus petit frère de Marie lança à la famille :
- Nous allons avoir un gendarme dans la famille et Marie deviendra une gendarme aussi.
- Elle sera Madame Picard tout court mon enfant.
         Les membres de la famille entrent dans leur demeure.
 
 
Au marché de Ain Madhi
1839
 
Dans le grand Souk de Ain Madhi, les tentes sont installées et les marchandises étalées. On entend le vacarme des marchands qui appellent les gens à acheter leurs marchandises. Des moqqadems de la zaouïa au nombre de trois vont au souk aux esclaves :
- Approchez nobles Seigneurs, approchez ! Venez voir les beaux spécimens d’hommes et de femmes venus directement de la lointaine contrée du Soudan.
Regardez ces belles filles qui sont âgées de 16 ans à 26 ans. La plus âgée est la belle Zohra et la plus petite, la douce Zineb n’a que 16 ans. Vous pouvez les regarder et donner vos prix nobles Seigneurs.
  Les trois moqqadems s’approchent du marchand d’esclaves.
Notre vénérable Cheikh Mohamed Seghir nous envoie pour l’achat de deux jeunes filles qui iront à son service dans sa demeure et nous sommes intéressés par les filles que vous avez ici !
- Vous pouvez choisir celles qui intéressent notre grand Seigneur Sidi Mohamed que Dieu le protège dans sa santé et ses biens. Regardez la belle Zineb et elle fera une belle servante ainsi que la belle Zohra et je les ai ramenés de la région du Darfour pour un prix exorbitant.
- Effectivement, ces deux filles sont belles et bien constituées et notre vénérable Seigneur a besoin de bras vigoureux dans la mesure où ses quatre femmes sont usées par leurs nombreuses naissances. Combien en voulez-vous pour ces deux-là marchand ?
- Donnez votre prix noble Seigneur et elles sont à vous !
- Nous les prendrons pour le double du prix pour lequel vous les avez eu cher ami ! Est-ce que cela vous va ?
- Je pense que leur acheminement du Darfour jusqu’ici et leur coût en alimentation et en vêtements dépassent de loin ce que vous me proposez noble Seigneur !
- Est-ce que vous nous les céderez au triple de leur prix initial brave homme et tu auras la bénédiction de notre vénérable cheikh qui te protégera de sa baraka mahométane ?
La petite Zineb s’approche de l’un des moqqadems :
- Achetez-moi pour le compte de mon Seigneur bien aimé, le cheikh Mohamed Seghir car je veux servir dans le palais de ce grand homme de religion ! Je vous en prie noble Seigneur sinon je tomberais entre les mains d’un homme sans cœur.
- Je prendrais bien volontiers ces deux jeunes femmes. Celle-là (il désigne Zineb) et celle-là (il désigne la belle Zohra)
  Zineb saute de joie :
- Merci noble Seigneur ! Je serais fière de servir le cheikh Mohamed Seghir et de bénéficier de sa baraka.
    Le moqqadem sortit une bourse de sa djellaba et compta le prix des deux esclaves.
- Allez ! Venez les filles. Vous allez rejoindre les autres servantes dans le palais du cheikh. Le cheikh sera fier de vous avoir à son service car ses quatre femmes qui sont les filles de notables sont déchargées de tous les travaux ménagers. Vous verrez que certaines servantes sont au service des femmes du cheikh alors que d’autres sont à son service exclusif ! Quant à vous deux, vous serez affectés à son service au sein de son madjliss où il travaille et reçoit ses nombreux invités.
- Nous serons comme son ombre noble Seigneur et nous avons l’habitude de servir depuis longtemps déjà.
     Les trois moqqadem devancèrent les deux esclaves qui suivirent toutes heureuses d’être achetées par les représentants du cheikh.
 
 
Les secrets d’alcôve
1839
 
       Dans le grand salon du cheikh il y avait une réunion entre Si Mohamed Seghir et le cheikh :
- Les temps sont difficiles brave Rayan !
- En quoi vénérable cheikh ?
- J’ai quatre femmes légitimes et elles ne m’ont donné que huit filles et aucun garçon qui va hériter de ma baraka. Je suis poursuivi par une malédiction divine.
- Non vénérable cheikh ! Il y a des choses que le temps seul pourra régler. Tes quatre femmes sont jeunes et finiront par te donner des garçons inchallah ! N’es-tu pas le soleil qui resplendit sur des millions d’adeptes et tous sans exception prient pour que tu aies un jour un garçon ?
- Si Dieu le veut mon cher Rayan ! Mais dis-moi…
- Oui Sidi Cheikh !
- Est-ce que Mokhtar, El Hafid et Slimane ont été chez ce marchand d’esclaves qui nous a promis deux jeunes femmes vigoureuses du Soudan ?
- Elles sont là et attendent d’être mises à ton service. Surtout que Djamila et Ouardia ont vieilli et elles ont été mises avec les autres servantes au service de tes femmes. Il te faut deux jeunes filles dans ce madjliss pour te servir et elles sont dans le petit bureau qui leur sert aussi de chambre de servantes. Ce sont deux femmes corpulentes et fortes et elles sont obéissantes.
- Vas les ramener mon cher ami et je discuterais avec elles de leurs tâches qu’elles doivent apprendre.
- Bien cheikh ! Je vais les appeler.
      Rayan sort et revient avec les deux esclaves fraîchement acquises au souk aux esclaves. Les deux filles, à la vue du cheikh Mohamed Seghir coururent se prosterner devant lui en lui embrassant un pan de son large burnous rouge.
- Nous te serons fidèles Sidi et nous sommes heureuses de te servir toi et les autres seigneurs de notre confrérie.
- Levez-vous mes petites filles.
- Cheikh ?
- Oui brave Rayan !
- Je vais rejoindre la mosquée pour discuter de certains problèmes de nos voyages avec nos caravaniers et je vous laisse instruire ces deux jeunes servantes sur leur travail à venir.
- Vas mon ami et sache que tu es mes yeux au sein de notre confrérie.
- J’espère ne jamais avoir à te décevoir Sidi !
Rayan sort et laisse le cheikh Mohamed Seghir avec les deux esclaves.
- Approchez mes braves filles et dites-moi d’abord vos noms !
- Moi c’est Zineb et j’ai seize ans et je suis heureuse d’être ton esclave
- Moi c’est Zohra et j’ai 26 ans et tout comme Zineb je suis heureuse de te servir noble cheikh.
- Est-ce que vous avez eu déjà d’autres maîtres par le passé ?
- Non ! Jamais. Mes parents avaient douze enfants et j’étais la plus belle d’entre mes huit sœurs et lorsque le marchand nous a fait part que le vénérable Cheikh Mohamed Seghir de la zaouïa tidjania avait besoin de filles fortes pour entrer à son service, ils ont décidé de me céder moyennant une somme qui va permettre à ma famille de survivre dans l’enfer de la pauvreté qui frappe le Darfour.
C’était là l’occasion tant rêvée par moi pour quitter ma famille et venir travailler chez un noble seigneur pour être à l’abri du besoin. Vous êtes mon maître et je vous dois obéissance. Ordonnez et j’exécute Sidi !
- Bien Zineb ! Viens t’asseoir à côté de moi ainsi que toi Zohra
- Non Sidi Cheikh ! Nous voulons nous tenir loin car notre rôle est de nous tenir tout le temps à tes ordres.
- Venez mes belles, venez vous asseoir avec moi et toi Zohra, as-tu eu des maîtres par le passé ?
- Non Sidi ! Mon père avait décidé de me marier à un homme pauvre de mon village en échange d’une paire de bœufs et lorsque le marchand a appris la nouvelle, il est venu voir mon père pour lui proposer de me mettre à votre service et mon père a accepté sur le champ. L’homme lui a remis une importante somme d’argent et j’ai sauté de joie à l’idée de venir servir un noble seigneur musulman.
- Vous me voyez heureux de vous avoir avec moi. Est-ce que votre chambre attenante à ce madjliss est assez confortable ?
- Elle est très confortable et le lit est grand pour contenir trois personnes. Je le partage avec Zohra Sidi.
- Je mettrais des couvertures et des draps neufs et je demanderais à Rayan de vous acheter les plus belles robes qui sont fabriquées à Tlemcen car je vous veux belles quand je sonnerais pour que vous rameniez mes repas ou ceux de mes invités ainsi que les boissons fraîches.Vous avez sans doute remarqué qu’il y a une corde qui va d’ici, la voilà, vers votre chambre.
- Oui, nous l’avons remarquée et elle porte à son bout une clochette
- Exact mes jolies ! Quand j’aurais besoin de vous, je tirerais la corde et la clochette retentira et l’une d’entre vous viendra prendre connaissance du besoin pressant. Je préfère que ce soit toi Zohra qui vient car tu es plus âgée et Zineb t’accompagnera toujours pour apprendre. Est-ce que vous avez vu votre hammam qui est juste à côté de votre chambre ?
- Nous l’avons vu moi et Zohra et nous avons pris un bain avant de venir vous voir. D’ailleurs c’est Rayan qui nous a demandé de prendre une douche et de mettre ces beaux habits neufs comme on n’en a jamais eu.
 - Oui  ! C’est un hammam magnifique et mes autres servantes l’ont toujours bien utilisé. Elles avaient l’habitude de me faire ma douche quand je suais beaucoup.
- Puis-je poser une question Sidi ?
- Oui ma belle Zineb !
- Il y a un grand mur qui nous sépare d’une autre grande maison avec une porte bien fermée. Qu’y a –t-il là bas ?
- C’est le grand palais où vivent mes quatre femmes avec leurs filles et leurs servantes et vous aurez le temps d’y aller aux cuisines pour nous ramener ce dont nous avons besoin durant nos grandes réunions. Les cuisines sont contrôlées par mes quatre épouses sous la responsabilité d’une gouvernante tlemcénienne. Allons les filles, montrez-moi vos corps afin que je puisse voir si vous avez pris une douche comme il se doit.
     Les deux filles enlèvent leurs habits et le cheikh se lève et va vers Zohra qu’il serre contre lui.
- Allons prendre une autre douche à trois mes jolies
- Et si Sidi Rayan revient Sidi ?
- Personne n’a le droit de pénétrer dans mon madjliss sans l’autorisation de deux gardes qui se tiennent toujours devant la porte d’entrée avec ordre de sonner au moyen de cette corde que vous voyez pendre à la porte.
- C’est merveilleux la vie de palais Sidi ! Moi et Zohra nous allons te faire la plus belle douche que tu aies eu à prendre.
- Allez ma chère Zineb, donne-moi ce gros sein  que je sucerais volontiers !
- Oui mon Seigneur, le voilà, mon corps est tout à toi.
- Appelez-moi Mohamed dans notre intimité et Sidi quand il y a les moqqadems. Compris mes chéries ?
- Oui Mohamed ! Nous sommes tes esclaves et nous t’appartenons. Viens Zineb, prends nos habits et ceux de Mohamed et nous allons lui donner les meilleurs moments de sa vie.
- Oh ! Rayan, tu seras toujours cet homme que j’aime car tu m’as offert deux superbes juments que je monterais avec toute mon énergie et ma fougue d’unique cavalier.
     Zohra, toute nue, accompagne le cheikh tout en lui tendant un sein qu’il suce en reculant et en gémissant de bonheur. Nos trois amoureux se dirigent vers le hammam et les cris de joie et de bonheur retentissent dans la douche.
 
 
Le mariage de Claude et de Marie
1839
 
        L’église du village. Les invités étaient tous là. Les gendarmes avaient tenu à être de la fête. Marie portait une belle robe de mariée blanche. Son père, sa mère et ses frères étaient aussi là. Les parents de Claude étaient aussi présents.. Il y avait aussi le Maire de la localité et le curé. De nombreuses personnes étaient aussi présentes. Les enfants de choeur
Claude et Marie étaient face au curé :
- Monsieur Claude Picard, voulez-vous prendre Marie…….. pour épouse pour le meilleur et pour le pire ?
- Oui Monsieur le curé, je le veux !
- Marie……….. , voulez-vous prendre Monsieur Claude Picard pour époux pour le meilleur et pour le pire ?
- Oui, je le veux !
- Je vous déclare mari et épouse sil n’y a pas dans la salle de personne pouvant s’interposer à cela.
Un long silence se fit dans l’église.
- Je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage, Claude et Marie et vous pouvez vous embrasser.
      Les deux jeunes époux s’embrassent devant l’assistance et tout le monde s’avance vers eux :
- Félicitations à vous les nouveaux mariés !
- Merci Monsieur le Brigadier (embrassades)
- Félicitations !
- Merci Monsieur le Maire !
- Je vous attends à la Mairie pour enregistrer votre mariage dès que vous aurez passé votre lune de miel !
- Nous y serons Monsieur le Maire
      Et on assista à un défilé de personnes qui félicitaient nos heureux mariés. A la fin, les parents de Claude et de Marie s’approchèrent du couple :
- La calèche vous attend dehors pour vous mener vers votre petite maison. Le pauvre fiacre n’a pas bougé de sa place et il doit s’impatienter…
- Nous allons bientôt partir. Viens Marie, nous devons rejoindre notre petite demeure.
- Oui Claude, je viens.
- Et moi Marie ? Tu as oublié de m’embrasser
- Oh ! Petit frère !  Viens là que je t’embrasse
- Au revoir Marie !
- Au revoir Claude !
- A très bientôt !
     Le couple se dirige vers la calèche, ils prennent place et le cocher donna un coup de fouet qui fit partir les deux chevaux dans un claquement de sabots.
Tous les convives levaient la main pour saluer le couple…..
  La calèche arrive devant une charmante petite maison :
- Holà !
Les chevaux s’arrêtèrent.
- Vous êtes chez vous Monsieur et Madame Picard
- Merci Albert ! Venez dans notre maison prendre un verre avec nous et fêter l’heureux événement avec nous.
- Je vous remercie Madame car je dois aller rejoindre un autre mariage et je n’ai que deux heures de temps pour y aller. Une autre fois si je passe par ici…
- D’accord brave Albert et faites mes amitiés à Madame votre femme.
- Je n’ y manquerais pas Sergent Picard ! Elle est occupée en ce moment dans l’élevage de ses moutons, de ses chèvres et de ses chevaux et elle n’a pas beaucoup de temps mais elle vous aime bien et sera toujours de vous voir chez nous.
- Saluez tous vos enfants de notre part.
- Ho ! Allez braves chevaux, vous pouvez prendre le chemin du retour car un autre mariage nous attend.
        Les chevaux partirent et le couple Picard levait les mains pour saluer le fiacre qui accélérait la cadence :
- Plus vite Agnès, plus vite Marthe.
        Claude, une fois la calèche éloignée ouvrit la porte d’entrée de sa maison puis il tendit les bras à Marie qu’il porta à l’intérieur :
- Viens mon amour que je te porte dans mes bras !
- Oui mon Sergent bien-aimé, je veux être la reine d’un jour et toi le roi d’un jour
- Tu seras la reine de tous mes jours Marie
- Et toi aussi, tu seras le roi de ma vie mon amour !
         Claude referma la porte à l’aide de son talon tout en portant Marie dans ses bras…
 
 
 
Zohra et Zineb dans leurs palabres
1839
 
   Dans leur chambre Zohra et Zineb discutent. Cela fait trois mois déjà qu’elles sont au service de Si Mohamed Seghir :
- Tu vois Zineb que nous avons de la chance !
- C’est vrai Zohra, nous aurions pu être vendues à des maîtres trop durs qui auraient mal agi  envers nous alors que Sidi Mohamed nous traite comme deux princesses.
- Aujourd’hui, il tient son assemblée à la mosquée de la zaouïa. Il recevra ses principaux collaborateurs au nombre de douze dans son grand salon et il nous a demandé de préparer un grand couscous avec de la viande de mouton et des sorbets que la gouvernante tlemcénienne préparera aidée par des servantes soudanaises comme nous !
- Tu sais Zohra que toi et moi sommes chanceuses ?
- Comment ma chère Zineb ?
- Tu as remarqué que toi et moi pouvons aller dans les quatre maisons des femmes de Sidi ainsi que dans la maison qui sert de cuisine à la gouvernante et aux autres servantes et que toutes les autres n’ont pas droit de passer dans notre petit paradis. Toi et moi pouvons aller partout ! Nous pouvons discuter avec les femmes de Sidi, avec la gouvernante et ses servantes mais elles, elles n’ont pas droit de venir dans ce petit coin réservé uniquement à toi et à moi. Je suis fière d’être dans ce rôle de lien entre Sidi et son harem.
- Tu as raison ma petite Zineb et Sidi nous traite comme ses propres femmes. Il est avenant et très gentil avec nous. Nous sommes deux princesses dans un paradis à servir Sidi et à l’informer de tous les ragots qui se font à l’intérieur de son harem.
- Les quatre femmes de Sidi sont belles et leurs filles tiennent leur blancheur d’elles et de Sidi.
- Il est juste malheureux quand il se surprend à nous faire des confidences sur le fait qu’il a huit filles mais pas de garçon et cela l’affecte beaucoup et le rend triste.
- Tu sais Zineb qu’il nous aime beaucoup toi et moi. Il nous aime comme ses propres épouses et nous traite avec des égards. C’est un homme merveilleux qui est toujours aussi vigoureux à l’âge de 39ans.
- C’est un homme imbattable car en plus de satisfaire ses femmes au nombre de quatre, il nous donne beaucoup de temps à toi et à moi dans notre lit.
- Combien j’adore lorsqu’il vient tout fatigué nous rejoindre toi et moi pour lui faire prendre son bain et il adore qu’on lui fasse des massages sur son joli corps tout blanc. Moi, Zohra j’adore quand tu le bichonnes avec ce savon de Marseille alors que lui me suce mes seins. Te rappelles-tu le premier jour où il nous a dit :
« J’adore téter le beau sein car ma défunte mère ne pouvait m´allaiter et je fus privé du lait maternel ». Il est tellement beau Sidi Mohamed que je rêve d’être un jour sa femme si je pouvais le devenir.
- Ne rêve pas de ça ma petite Zineb ! Nous ne serons que ses servantes et esclaves aux yeux de ses femmes et des autres et ses concubines quand il voudra vivre des folies que, seules, toi et moi pouvons lui donner. D’ailleurs, un jour, lorsqu’il en aura ras-le-bol de nous, il nous vendra à de riches marchands qui nous feront travailler et jouiront des fruits de nos corps sans aucun droit de rechigner.
- Notre sort est meilleur ici que dans nos villages du Darfour où nous pouvions   mourir de faim et de soif. Tu sais Zohra que Sidi nous parlez même de ses  moindres petits secrets, il nous parle des luttes entre ses femmes, de leurs   complots et il nous parle même de ses hommes de main. Nous savons tout ce que  nous voulons savoir. Et puis c’est que Sidi aime nos seins et nos jeux et nous  allons lui en donner toi et moi. Nous serons ses yeux et ses oreilles et nous lui  donnerons tous les plaisirs charnels que ne lui donnent plus ses quatre épouses.
 - Ma chère Zineb ! Notre histoire ressemble un peu à celle de Antar Ibnou Cheddad ! Ce fils d’une esclave et d’un roi devint un redoutable guerrier et un grand poète. En devenant homme, il partit à la conquête du royaume de son père.
Et si demain Sidi nous fait des enfants à toi et à moi, ils viendront aussi prendre le pouvoir qui leur revient de droit surtout si Sidi ne procrée pas de garçon.
- Oui Zohra ! Pour le moment, il nous recommande de prendre des potions que Rayan lui a fait venir d’Egypte pour qu’on ne tombe pas enceintes toi et moi. Mais un jour et quand nous verrons qu’il est temps, nous devons lui donner des enfants même si cela pouvait entraîner des conséquences fâcheuses pour nous.
- Tu as raison ma petite Zineb, Tu seras le première à lui offrir un bébé et je te suivrais deux ans après en lui en donnant un mais nous lui cacherons cela et seul Rayan le saura. Tu sais que Rayan est la tête pensante de Sidi et qu’il nous a placés au service de Sidi pour le tenir au courant de tout. Rayan nous aime aussi et quand Sidi nous envoie dans sa demeure pour le réclamer, il n’hésite pas à nous prendre pour assouvir aussi ses instincts.
     Les filles continuent de parler ainsi en ayant la certitude qu’elles ne pouvaient être dérangées puisque Sidi Mohamed était occupé à réunir l’assemblée des moqqadems.
Quand soudain la cloche retentit :
- C’est Sidi qui est de retour avec ses douze convives, vas voir Zohra s’il veut qu’on les serve maintenant ?
- Oui ma petite chérie ! Je coure mais je veux que tu m’accompagnes pour te délecter des regards de ces moqqadems envieux.
- Je te suis Zohra ! Vas devant et je viens.
      Zohra ouvre la porte et à la vue du maître et de ses convives court et se baisse pour embrasser le burnous de Sidi :
- Oh ! Sidi Cheikh que la baraka de Dieu t’éclaire en tout lieu et en tout temps.
- Merci Zohra, merci !
Zineb aussi se prosterne et embrasse le burnous du cheikh :
- Que ta baraka illumine tous les espaces et les êtres ô ! Vénérable Cheikh.
- Merci ma petite fille et que Dieu veille sur vous deux et vous donne la santé pour servir notre confrérie.
- Allez nous servir car nos hommes ont faim
     Les deux filles se retirent et referment la porte derrière elles.
- Tu as vu Zineb comment ils nous ont regardé avec cette envie de nous croquer ?
- Surtout Rayan ! Il n’a pas oublié les beaux moments que nous lui avons donné quand Sidi Mohamed nous envoie l’appeler quand il a besoin de lui.
- Une fois, il m’a demandé de me placer sur son dos à la manière d’une cavalière et lui qui faisait le cheval et cela lui plaisait beaucoup… 
- Il la fait avec moi aussi Zohra et c’est là que j’ai compris combien nos maîtres peuvent devenir nos esclaves quand ils sont dans leur intimité.
- Allons leur ramener manger ma chère Zineb et dis-toi bien que nous avons les cœurs de Rayan et de Sidi et donc l’avenir nous appartient….
Quelque temps après, le repas est achevé :
- La chorba et le couscous ont été excellents, cheikh ! Nous te remercions pour cette diffa somptueuse.
- Ma maison est la vôtre mes chers frères ! Vous n’ignorez pas combien votre apport est bénéfique au sein de notre confrérie dont les limites vont jusqu'au lointain Soudan. Zohra ! Zineb !
La  porte s’ouvre et apparaissent les deux servantes :
- Oui Sidi !
 - Vous pouvez débarrasser la table mes filles et nous ramener les sorbets frais que notre gouvernante tlemcénienne nous a préparés.  
- Tout de suite Sidi.
      Les filles débarrassent la table et quelque temps après reviennent avec des brocs pleins d’un jus qu’elles servent aux convives.
- Merci mes filles, vous pouvez rejoindre votre chambre
- Elles sont vraiment gentilles vos deux nouvelles servantes Sidi ! Le marchand qui nous les a ramenées du Darfour n’a pas menti quand il nous a dit que Sidi Mohamed n’aura pas à regretter leur venue à votre service.
- Effectivement Rayan !  Elles remplissent bien leur devoir et elles font la prière en bonnes musulmanes. Et puis c’est quelles savent se tenir à distance quand c’est nécessaire.
- Nous allons vous quitter vénérable cheikh en priant Dieu d’assurer à votre grande famille bonheur et prospérité ainsi qu’à notre confrérie.
- N’oubliez pas Rayan de me tenir au courant des arrivées des caravanes que nous avons envoyées partout où il y a nos frères Tidjani.
- Vous serez tenu au courant de tout vénérable Cheikh et les nouvelles s’annoncent bonnes pour notre confrérie puisque des éleveurs ont décidé de vous offrir des troupeaux de moutons, de chèvres et de chameaux pour s’assurer votre baraka.
- Nos moqqadems font tout pour leur rapporter fidèlement la bonne parole que vous leur transmettez. Là où ils arrivent, ils sont accueillis avec fanfares et gheitas comme vosmessagers à qui ils doivent honneurs et gratitudes. Nous allons vous laisser vous reposer SidiCheikh et nous nous reverrons à la prière du dohr inchallah !
- Inchallah mes frères ! Que ma bénédiction vous accompagne.
- Que la paix soir sur toi Sidi Cheikh !
La procession des notables s’abaissent et embrassent la main du seigneur et sortent les uns derrière les autres et Rayan est le dernier à embrasser le pan du burnous princier.
- Je te laisse entre les mains de Dieu ô noble cheikh qui a fait de moi ce que je suis en ce moment !
- Tu seras toujours mon œil et mon oreille Rayan et ton érudition dans les affaires de notre « tarîqa » m’est très précieuse. Vas mon ami et prends soin des affaires de la confrérie car telle est ma volonté.
- Tes paroles sont des ordres Sidi.
          Il sort et referme la porte derrière lui. Sidi Mohamed tira sur la cordelette et Zohra et Zineb arrivèrent toutes belles.
- Venez mes petites colombes ! Vous pouvez desservir et revenir me préparer mon bain pour la prière du dohr.
- Nous allons nous occuper de toi Sidi et tu auras ta tétée quotidienne.
- Aujourd’hui je téterai ton sein, petite Zineb, tandis que Zohra me sucera mon beau bâton
- Tu gémiras de plaisir Sidi et tu ne pourras jamais t’en passer.
- Vite les files car j’ai une tente qui commence à se former sous ma djellaba…
 
Les nuits d’adieude Claude et de Marie
(Fin 1839)
 
La maison du gendarme Picard. Après plus de sept mois de mariage. Il est 7 h du matin et Claude Picard est en congé hebdomadaire. Marie le sert dans ses bras :
- Pourquoi tu ne veux pas venir avec moi en Algérie Marie ?
- Je ne pourrais aller là bas alors que toute ma vie est ici. Et puis comment abandonner ma famille, mes amis et aller dans un pays où tu seras tout le temps occupé à courir derrière cet insaisissable Abdelkader.
 - Mais ce que tu ne sais pas Marie, c’est que je pourrais demander une concession de quelques centaines d’hectares et de la bonne terre que nous pourrons faire cultiver par des paysans arabes comme le font tous ces nouveaux colons.
- Ecoute Claude !
- Oui ma colombe ! Je t’écoute.
- Ce n’est pas l’envie qui me manque de venir avec toi en Algérie !
- Alors c’est quoi ?
- Je ne pourrais pas tenir seule dans une maison de gendarme à attendre que mon mari rentre de chevauchées qui peuvent durer des mois et des mois.
- Mais tu vivras entourée des femmes de mes collègues qui ont appris à vivre avec !
- Oui, je pourrais le faire mais la solitude est plus forte que moi et je te gênerais plus que je te serais d’un quelconque apport. Par contre, ici, j’ai ma famille et mes occupations et j’attendrais ton retour tout en priant chaque dimanche pour toi et tes amis.
- D’après mon Chef, je serais affecté dans la région du sud de l’Oranie et notre détachement de gendarmerie aura à couvrir toutes les régions de l’Oranie et du sud ouest algérien couvrant toute les oasis de Laghouat et du Djebel Ammour.
- Donc, j’ai raison mon cher Claude de rester ici auprès de mes parents et de ne pas constituer pour toi un autre problème puisque ton engagement te mènera à rester absent durant des dizaines de jours.
- Il me reste encore un mois et le départ est prévu pour décembre et je vais découvrir ces grandes contrées algériennes que notre armée pacifie en ce moment dans un combat acharné contre les hordes sauvages d’Abdelkader.
- Profitons de ces derniers instants de bonheur mon petit ours ! Plus qu’un mois et ce lit sera déserté par nous deux. Toi, tu seras toujours à harceler cet émir insaisissable et moi à travailler dans la ferme familiale avec les miens.
Viens mon petit nounours et donnons libre cours à nos instincts car tu vas me manquer !
-  Oui mon amour, profitons-en ! Car toi aussi, tu vas me manquer et je me suis  tant habitué aux folies que tu m’as données en sept mois de mariage !
        Nos deux amoureux s’enlacent et se laissent aller dans leurs ébats :
- Tu vas me manquer mon bel ours !
- Et toi aussi tu vas me manquer ma belle pouliche. Il ne me reste plus qu’un mois et je dois te quitter pour aller gagner plus dans cette contrée algérienne qui est devenue un eldorado français.
- Notre pays a besoin d’hommes de ta trempe pour mâter ces sauvages d’Abdelkader et mes prières t’accompagneront là où tu seras.
- Chaque semaine, ma biche, je te ferais un courrier détaillé sur mes aventures dans ce vaste pays qui doit revenir à la France pour en faire un grand empire à l’image de l’empire anglophone qui nous fait de l’ombre.
La France, ma chère épouse, a un grand destin et je voudrais y apporter ma pierre dans cet édifice et mon rêve est d’être là bas lorsque nos troupes mettront un terme aux actions subversives de cet émir qui appelle les musulmans au djihad contre notre pays.
- Fais attention à toi, Claude, car ce pays en plus d’être sauvage est un pays de tous les dangers. C’est un vaste territoire plus grand que la France de cinq fois et les dangers sont multiples : tribus insoumises et belliqueuses et animaux sauvages qui n’hésitent pas à tuer quand ils ont faim.
- Même si les animaux algériens sont aussi sauvages qu’on le dise, jamais je n’ai trouvé plus sauvage que toi ma belle jument et je t’ai bien apprivoisée. Ce ne sont pas quelques animaux sauvages et quelques enturbannés qui vont venir à bout de ton gendarme déterminé !
Viens ma chérie et montre-moi de quoi tu es capable !
- Oh mon beau nounours ! Tu es l’homme de ma vie et ton absence me pèsera lourd.
- Je reviendrais plus riche ma jolie et nous n’aurons plus de soucis d’argent maintenant que nos usines de charbon commencent à fermer les unes après les autres. Ce pays merveilleux nous offre des opportunités inouïes pour peu que nos troupes arrivent à réduire ces rebellions qui éclatent un peu partout par le fait de cet Abdelkader dont on raconte beaucoup de choses !
- Il parait que c’est un grand mystique et qu’il est aussi poète d’après ce que raconte nos soldats revenus de là bas !
- Effectivement, de jour il combat et mène ses troupes dans des actions de guérilla et de nuit il entretient une correspondance avec le Maréchal Bugeaud sur tous les problèmes philosophiques…Il parait que le Maréchal veut comprendre le fonctionnement d’une personnalité aussi redoutable et les deux hommes ont appris à se respecter en s’envoyant des messages par lieutenants interposés !
- De quoi peuvent-ils discuter nos deux ennemis ?
- Ils traitent de tous les problèmes : la religion, la place de la femme, le savoir, les sciences. Enfin tous les sujets qui peuvent aider le Maréchal à arrêter ce fou !
- Prions Dieu de venir en aide à nos troupes pour mettre un terme définitif à sa rébellion !
- Amen Marie….
Les deux époux continuent à se faire l’amour et à parler de l’avenir…..
 
 
Si Mohamed Seghir et la visite d’un lieutenant français
1840
 
Dans le vaste salon de Si Mohamed Seghir, il y avait le lieutenant Delattre de la garnison installée à Ain Madhi.
- Le thé saharien est toujours bon Sidi Mohamed et je commence à m’habituer !
- C’est un thé ramené de la lointaine Egypte mon Lieutenant ! Mais vous pouvez l’accompagner de nos succulents « makrouts » au miel d’abeilles. C’est un excellent toniqueet ça soulage de la soif.
- J’ai appris à apprécier le thé et les gâteaux du sud algérien et j’ai même fait un petit calepin où j’ai repris toutes vos belles recettes.
- Ah ! Lieutenant Delattre, vous m’étonnerez toujours car en plus de votre facilité à parler nos différents dialectes, vous voilà en train de répertorier nos recettes culinaires !
- J’ai tout un calepin sur vos traditions culinaires qui retracent toutes les nuances entre différentes tribus sur le plan alimentaire. Mais là n’est pas le problème et je viens juste pour voir une affaire avec vous Sidi Mohamed Seghir.
- Et quelle est cette affaire importante qui vous fait venir mon cher Lieutenant ?
- D’après nos chouafs, il parait que des groupes d’Abdelkader continuent à joindre des tribus du sud pour les soulever contre l’autorité française et je voudrais savoir ton point de vue sur ces groupuscules qui agissent à la nuit tombée tout en se reposant de jour.
- Effectivement, des hommes à moi m’ont signalé la présence de tels émissaires dans certaines tribus des Ouled Nail mais leur influence n’a pas été d’importance puisque ils sont juste écoutés pour ne pas attirer des représailles sur leurs familles mais vous pouvez dormir tranquille sur vos deux oreilles que les tribus du sud et du Djebel Ammour et de toutes les régions où notre zaouïa est omniprésente, ne lèveront jamais l’étendard du djihad en appui de cet émir insensé !
- Ce sont surtout d’influents membres de la zaouïa rahmania qui parcourent monts et vallées pour rallier à leur djihad les autres confréries et elles sont nombreuses ces confréries. Nous avons la chadiliya, la allaouiya, la kadiria, la senoucia et la vôtre et nous craignons une jonction de ces confréries sous la bannière d’Abdelkader. Ce qui va nous poser de sérieux problèmes dans notre œuvre de pacification de ces populations.
- Tu vois Lieutenant Delattre ?
 - Oui Sidi Mohamed Seghir ! J’écoute ton avis et tu sais que je t’ai toujours consulté sur tous les problèmes qui se sont posés à nous dans nos rapports et jusqu’à présent la France t’est reconnaissante pour ta loyauté et toute l’aide que tu nous as toujours apportée.
- Alors Lieutenant, vous devez savoir que les plus grandes confréries qui sont la nôtre, la allaouiya et la kadiria n’adhéreront jamais au djihad proclamé par Abdelkader et que les tribus qui nous font allégeance ne le suivront jamais mis à part quelques brebis galeuses en mal de renommée et qui voudraient se faire des noms et des carrières. Les lieutenants d’Abdelkader ont parlé d’une armée de 6000 cavaliers et de 30 000 fantassins dont l’armement est rudimentaire face aux chassepots et aux canons français. Plus de 75% de cette armée est composée de Kabyles recrutés au sein de la zaouïa rahmania et cette zaouïa n’a pas d’influence notable dans le sud algérien mais juste dans la région sétifienne, la Haute et la Basse Kabylie et une partie de l’Algérois.
- En effet, ce sont là l’essentiel des informations transmises par nos hommes recrutés dans leurs propres rangs. Mais ce que le Gouverneur d’Alger craint c’est que cette zaouïa rahmania fasse jonction avec d’autres zaouïas et là, la riposte de la France sera terrible et disproportionnée. Le Gouverneur veut minimiser les pertes en vies humaines mais si Abdelkader nous y contraint, nous serons obligés de nous montrer impitoyables car la France est chez elle en Algérie et elle entend y demeurer.
- Le Gouverneur m’a reçu lors de ma dernière visite à Alger. Nous avons discuté de tous ces problèmes et nous nous sommes entendus sur des rapports de confiance entre votre gouvernement et les chefs de la confrérie tidjania. Nous n’allons pas faire la guerre à la France mais la France devra reconnaître nos droits et privilèges dans la gestion de notre confrérie et de ses biens.
Abdelkader pourra lever son djihad mais il ne devra pas compter sur l’aide et l’apport de la zaouïa tidjania qui veut rester en dehors de tous conflits et tôt ou tard, les tribus ralliées à lui verront que sa tentative de soulèvement est une illusion.
- Vous parlez avec sagesse Sidi Mohamed mais tenez-moi au courant de tout ce que vos hommes vous ramènent comme informations car elles nous servent à combattre nos adversaires et protéger en même temps nos amis.
- Abdelkader nous a assiégés durant huit long mois et il croyait nous affamer mais nous étions préparés à des sièges qui peuvent durer trois longues années. Je tiens à remercier vivement son Excellence le Gouverneur qui a instruit ses officiers supérieurs de se déplacer vers le sud pour desserrer l’étau sur notre zaouïa d’Ain Madhi. Depuis, nous avons mis à votre disposition un vaste terrain pour l’installation de votre caserne ici même à Ain Madhi et nous vous assistons dans vos nombreuses expéditions dans le sud algérien.
- Je sais votre dévouement envers la France Sidi Mohamed Seghir et notre Empereur a salué le travail que vous faites en faveur de la pénétration française vers le sud algérien et vers l’Afrique Noire. Je vais vous quitter brave Cheikh en priant Dieu le Tout Puissant de vous  combler de sa baraka !
- Merci Lieutenant Delattre ! Ma maison est la tienne et tu seras toujours le bienvenu chez moi.
- Merci Sidi Mohamed ! Mais j’ai oublié de vous signaler les ragots rapportés par vos détracteurs à nos chefs à Laghouat et à Alger.
- Quels sont ces racontars Lieutenant ? De quoi traitent-ils ? Quels sont ces délits que nous aurions pu commettre envers nos amis français ?
- Certains dans des tribus qui veulent avoir de l’influence auprès de mes supérieurs rapportent sur vous et vos hommes que vous utilisez encore l’esclavagisme contre de pauvres hommes et femmes noirs ramenés du Soudan et que vous utilisez dans les travaux les plus difficiles. Vous savez Cheikh que les lois françaises ont aboli l’esclavagisme et que mes supérieurs vont tout faire pour arrêter le fléau. Il parait que vous avez plus de 900 esclaves noirs entre hommes et femmes et ils ne sont même pas payés en contrepartie.
 - Il est vrai que notre confrérie a en son sein des hommes et des femmes noirs du Soudan mais ce ne sont pas des esclaves car ils sont venus avec acceptation de leurs parents pour servir notre confrérie et vivre avec nous. Cela fait quelques mois que j’ai reçu deux jeunes femmes qui sont à mon service et je vais les appeler pour que vous puissiez leur demander si elles veulent retourner dans leurs petits villages du lointain Darfour.
Le Cheikh sonne et Zohra et Zineb entrent toutes belles dans leurs somptueuses robes.
- Oui Sidi ! Vous voulez autre chose ?
- Non, ma file ! Le Lieutenant Delattre voulait savoir si vous ne voulez pas retourner dans vos villages au Darfour et dites-le lui ?
- Jamais Sidi, je ne retournerais là bas pour mourir de faim ! Ici, j’ai une grande famille dans laquelle j’ai ma place et je m’habille et je mange à ma faim comme tout membre de la confrérie
- Et toi, ma petite Zineb, tu ne voudrais pas partir au Darfour car les gens ont dit au Lieutenant que vous êtes maltraitées ?
- Hacha Sidi ! Je ne partirais jamais sauf si tu décides de me chasser d’ici ,Sidi.
Les deux filles se prosternent et embrassent le pan du burnous pendant du cheikh.
- Merci mes filles, merci ! Alors Lieutenant Delattre, voyez-vous cela encore comme de l’esclavagisme alors que nous les avons tirés de la misère pour les rendre un peu plus humains par le travail et la bonne parole divine ?
- En effet, je vois que ces deux filles se plaisent chez vous et c’est tant mieux pour vous et votre confrérie et je ferais un rapport là-dessus qui vous sera favorable afin que vous puissiez recueillir toujours plus de cas similaires.
- Je vous remercie Lieutenant !
- Allez, je vous laisse Sidi Mohamed Seghir et à très bientôt inchallah !
- A très bientôt mon ami et salue tous tes supérieurs de ma part !
- Ce sera fait Sidi Mohamed. Ravi d’avoir longuement discuté avec vous.
Le cheikh accompagne le jeune lieutenant à la porte de sortie :
- Au revoir Sidi Mohamed Seghir et que Dieu vous garde !
- Que Dieu vous protége Lieutenant.
Le lieutenant monte sur sa monture que tenait par une laisse un de ses soldats :
- Soldats ! Nous pouvons rejoindre notre caserne
          Et les douze chevaux de soulever un nuage de sable fin. Le cheikh rentre dans son vaste salon et il sonne de nouveau. Zohra et Zineb arrivent :
- Oui Sidi ! Je suis sûr que ce lieutenant t’a fatigué et que tu veux ta tétée ?
- Oui mes chéries, je veux te pénétrer par derrière ma petite Zenouba après que Zohra m’ait fait une belle préparation de fellation. Viens ma chère Zohra et enfonces cette belle verge dans ta bouche et suces bien.
- Oui Sidi
- Ne dis jamais Sidi quand on est ensemble mais Mohamed Seghir tout court ou mieux mon amour
- Oui mon amour, fais voir cette belle verge que je te la suce et toi Zineb viens me sucer ma chatte car j’ai envie qu’elle coule.
- Oui Zohra, je viens et ma langue te fera gémir comme une brebis qu’on égorge….
 
 
Claude Picard en route pour l’Algérie
1840
 
Dans le bateau Le Duc d’Aumale, Claude Picard gendarme de son état a pris place avec plus de soixante autres gendarmes. Ils avaient reçu des consignes de se placer tous ensemble sur le bastingage du bateau et de ne pas trop se mêler aux civils. Le chef de la compagnie était un lieutenant :
- Vous allez voyager sur le Duc d’Aumale qui est un bateau fraîchement mis en service et où vous verrez de nombreux civils et des officiels voyager avec nous et parfois avec leurs familles. Donc, vous êtes des soldats en mission et vous devez vous tenir regroupés. Vous serez dans les calles où vous avez des toilettes à partager avec des hommes du contingent qui partent comme vous en Algérie. Vous avez droit d’aller sur le bateau pour prendre de l’air mais la courtoisie est de rigueur car le commandant ne doit pas nous faire de reproches concernant la discipline de notre compagnie. Avez-vous compris gendarmes ?
- Oui mon Lieutenant !
- Sergent Chef Picard ?
- Oui mon Lieutenant !
- Organisez-moi les tours de garde des effets de notre compagnie et les horaires de repos afin que tout aille dans la discipline la plus stricte. Nous avons trois jours de voyage et nous devons être très disciplinés à bord de ce bateau
- Ce sera fait mon Lieutenant
- Je compte sur vous pour gérer tout cela et je vous attends chaque matin et chaque soir pour me faire un rapport sur tout cet embarquement. La discipline est de rigueur Sergent Chef.
- Comptez sur moi mon Lieutenant pour être intransigeant quant à la discipline. Les soixante gendarmes devront donner de leur temps pour la réussite de cette traversée et chaque matin et chaque soir vous aurez un rapport détaillé sur la situation.
- Le Commandant de bord a mis à ma disposition une suite où j’ai ma chambre et mon bureau et je veux vous voir au rapport à 8h du matin et à 17h du soir. Tous les gendarmes devront participer aux tours de garde et il suffit de trouver la bonne astuce. Pour les repas, ils devront se satisfaire de biscuits, de pain rassis et de conserves de thon et de sardines mais ils les prendront à 12h et à 19h. Quant à l’eau potable, le Commandant vous enverra des jerricans pleins et chaque gendarme devra remplir sa gourde et des bouteilles prévues pour la circonstance. Quant aux toilettes, vous trouverez toujours de l’eau à votre disposition mais je ne veux pas que le Commandant me fasse des reproches sur un quelconque incivisme de ma compagnie. Il faudra prévoir une inspection des toilettes afin que personne ne touche à l’honneur de la Gendarmerie Nationale.
- Tout sera fait selon vos ordres mon Lieutenant et aucun manquement à la discipline ne sera tu. Mes rapports comporteront les moindres détails de cette première traversée car ça me tient à cœur de mener nos hommes sains et saufs.
- Pour les hommes qui ont le mal de mer, il faut les dispenser de tous efforts car ils ne seront pas maîtres de leurs personnes durant toute cette traversée. Mais les symptômes qui les caractérisent sont contenus dans le petit manuel du gendarme durant l’embarquement en mer et aucun gendarme de devra feindre pour éviter les corvées quotidiennes.
- Pour cela, mon Lieutenant, je connais nos hommes et leur discipline n’a jamais été mise en doute jusqu’à présent. Mais, tout sera fait pour leur confort dans le strict respect de la discipline.
- Bien Sergent Chef Picard. ! Je vous laisse vous organiser et je vais rejoindre mes quartiers car le Commandant de bord m’attend.
- Bien mon Lieutenant
- Repos Sergent Chef ! A ce soir donc vers les 17h dans mon bureau.
       Le lieutenant salue les gendarmes et quitte les calles. Le Sergent Chef Picard prend en mains l’organisation de la compagnie durant la traversée.
- Sergent Geoffroy ?
- Oui Sergent Chef !
-  Sergent Duplan ?
-  Oui Sergent Chef !
 - Nous allons organiser tous les détails de la traversée et je ne veux pas que le Lieutenant ait à nous faire des reproches, est-ce que vous m’avez compris ?
- Vous pouvez compter sur nous, Chef. Moi-même et le Sergent Geoffroy allons répartir équitablement les tâches de tout un chacun…
Je compte sur vous pour avoir un programme détaillé de la traversée
- Dans trois heures et avant midi, un programme vous sera soumis.
- Bien ! Vous pouvez commencer…..
Sur le bord du bateau il y avait une foule bigarrée composée de militaires,de gendarmes, des hommes d’équipage, de civils richement vêtus et il y avait aussi de belles femmes qui causaient avec leurs compagnons. Claude Picard était adossé contre la rambarde du bateau et il regardait le sol français s’éloigner au loin….Une belle femme passa par là et elle s’arrêta devant lui :
- Alors Sergent ! Je vous regardais et vous étiez dans les nuages.
- A qui ai-je l’honneur Madame ?
- Mademoiselle Annette Létourneau, Sergent Chef !
- Sergent Chef Picard Mademoiselle ! Vous allez en Algérie Mademoiselle Létourneau ?
- Oui et avec mes parents qui ont décidé de venir prendre une concession dans l’Oranie.
Je me suis un peu éclipsé pour prendre de l’air et je vous ai observé lorsque vous êtes monté des calles.
En effet Mademoiselle Létourneau, j’étais en train de penser à ma femme Marie que j’ai laissée après un an et quelques de mariage, à mes parents et à tous mes amis restés en France et je voulais être seul.
- Comment elle n’a pas voulu vous accompagner dans votre voyage ?
- J’ai tout essayé mais hélas ! Je n’ai pu la convaincre car elle redoutait la solitude de mes absences. Je l’aime bien Marie et elle me le rend si bien.
- Elle a de la chance de vous avoir pour Marie Sergent Chef Picard. Mes parents vont s’installer dans les plaines de l’Oranie et ils ont obtenu une concession de plus de deux cents hectares de bonne terre. Mon oncle qui est évêque de l’ordre catholique de France envisage aussi de venir s’installer en Algérie pour travailler à ouvrir des missions d’évangélisation en faveur des autochtones.
- Le Cardinal Lavigerie est en train de réaliser un travail merveilleux en faveur de l’installation de l’église catholique en Algérie.
- Mes parents ont décidé de quitter notre Bretagne natale pour venir s’installer dans les vastes plaines de l’Oranie. Nous comptons faire de l’agriculture intensive ainsi que l’élevage.
- Et quels genres d’élevages comptez-vous réaliser Mademoiselle Létourneau ?
- Nous comptons élever des ovins et des bovins ainsi que chevaux bardes arabes et nos deux cents hectares seront travaillés par une main-d’œuvre arabe bon marché.
-C’est ce que j’ai essayé d’expliquer à ma femme Marie mais je la comprends ! Ce n’est pas tant le travail qui lui fait peur mais la solitude. Elle ne peut pas rester des jours et des jours durant à m’attendre toute seule. Elle est faite pour vivre en famille et ma vie de gendarme aussi contribue à son choix.
- Je la comprends Sergent Chef Picard ! Elle aura juste à se morfondre de t’attendre alors que tu seras appelé à t’absenter souvent et dans la plupart des cas pour de longues périodes. Allez, Sergent Chef, je vous invite pour aller faire connaissance avec le reste de la famille si vous le voulez bien ! Puisque vous aussi, vous êtes affecté dans la région de l’Oranie c’est que nos chemins devront se croiser dans les prochains jours ou dans les prochains mois.
- Volontiers Mademoiselle Annette !
- Annette tout court Sergent Chef Picard !
- Appelez-moi Claude Annette !
- Oui Claude. Allons rejoindre les autres…..
 

 
Une opération de la cavalerie de l’émir
1840
 
Dans la montagne du Djebel Ammour, dans la forêt une centaine de cavaliers armés de vieux fusils et de sabres. Ils se préparaient à attaquer une compagnie française en compagne dans la région. Le lieutenant d’Abdelkader était Si Larbi Oumejkoune de la tribu des Beni Nail :
- Voilà mes chers frères, d’après les informationsque j’ai en ma possession, la compagnie du Commandant Délpècheva passer la nuit dans la vallée. Il va installer son campement sous la surveillance de quatre gardes comme à ses habitudes. Les tours de garde français se font toutes les quatre heures et nous allons attaquer au premier tour de garde car dès que les quatre remplaçants arrivent, ils sont toujours presque endormis puisque tirés de leur sommeil.
Deux de nos hommes seront chargés de neutraliser chaque garde et de le tuer sans pitié. Puis un groupe d’autres hommes vont se diriger vers les chevaux pour les faire fuir. En même temps tous nos autres hommes investiront le campement et les hommes de chaque tente seront tirés de leurs lits et tués au sabre et il ne faudra user des armes à feu que s’il y a un soldat français qui essaye de se défendre.
Mokhtar !
- Oui Si Larbi !
- Tu es chargé des chevaux de la troupe française et nous devons les faire fuir du côté nord là où des hommes à nous les récupéreront. Les hommes du Commandant Délpèche ne devront pas échapper. C’est un homme sans aucune pitié et dans le douar des Beni Ouali, il a tué des enfants, des femmes, des vieillards sans épargner même les bêtes.
Nous aussi, nous devons être sans pitié pour ses soldats. Le Coran est clair là-dessus : « Œil pour œil et dent pour dent ».
Quant au Commandant Délpèche, il faudra tout faire pour l’avoir vivant et nous le livrerons aux notables des Béni Ouali qui s’en chargeront de le juger de ses crimes. Il est 6h du soir et le Commandant Délpèche s’apprête à installer son bivouac. Il l’installera à 20 h et le premier tour de garde est à minuit, le deuxième tour sera fait à 4h du matin et c’est à minuit pile que nous attaquerons. Avez-vous pris toutes les précautions pour ne pas faire de bruit durant notre déplacement nocturne.
- Nous avons placé des chiffons de tissus sur les sabots de nos chevaux et tout est fin prêt pour une attaque surprise.
- Bien mes chers frères nous allons faire la prière de l’aicha et prions Dieu de nous venir en aide
Les hommes se lèvent et l’un d’eux s’improvise imam : « Allah Ou Akbar, Allah Ou Akbar ».
Al hamdou lillah rebbi ……
Les hommes accomplissent la prière dans un recueillement lugubre précédent l’orage qui allait venir.
 
 
Dans le campement français
1840
 
Dans le campement, une grande tente où il y avait en réunion le Commandant Délpèche, le Capitaine Asler et le Lieutenant Delacroix…
- Messieurs, nous allons faire les préparatifs nécessaires pour installer notre campement…
- Tout est fin prêt mon Commandant
- Lieutenant Delacroix, vous veillerez à ce que toutes les dispositions nécessaires soient prises pour protéger nos hommes, nos chevaux et nos armes. Quatre hommes seront suffisants aux quatre coins
du campement et le mot de passe sera pour aujourd’hui «  Fennec du désert ». Toute personne qui ne prononcera ce mot de passe sera abattue sans sommation car la nuit est dangereuse.
- D’après les chouafs qui travaillent pour nous, les hommes de Si Larbi Oumejkoune sont dans les parages et nous sommes là pour les retrouver et les anéantir car il terrorisent les populations en leur imposant une dîme.
- Nos hommes sont aguerris et ont l’habitude du désert. Pour certains d’entre eux , ils sont avec nous depuis le débarquement de juillet 1830. Ils connaissent les tactiques arabes qui consistent à attaquer en petites bandes et à replier. Mais les hordes d’Abdelkader n’osent pas des engagements frontaux car craignant le tir nourri de nos canons et la puissance de feu de nos chassepots qui dépassent de loin leurs vieux fusils hérités de la période ottomane. Mais il faut toujours être prudents car les hommes d’Abdelkader sont pleins de fourberies.
- Tu as raison Capitaine et c’est une attaque surprise que je redoute le plus. Les Arabes sont incrédules à tous points de vue mais ils sont capables de coups d’éclat parfois et leur esprit de sacrifice est imbattable : ils pensent qu’en se sacrifiant, ils iront droit au paradis.
- Allez mes chers amis vous occuper des moindres détails et  revenez me donner tout détail sur la situation.
- A vos ordres mon Commandant.
- Envoyez-moi l’aumônier de la compagnie le Caporal Kerry car j’ai à discuter avec lui de certains aspects touchant au moral des troupes.
- Je vous l’envoie mon Commandant et il fait un travail remarquable auprès de nos hommes
- Je l’attends
Les deux hommes sortent en saluant leur supérieur qui continue à consulter la carte étalée sur son bureau :
- Bien, nous sommes là et les hommes de Si Larbi sont ici au douar Lemgataa. Demain, à la première lueur du jour nous allons les déloger de leurs trous. Ah Si Larbi ! Tu ne pourras plus terroriser ces populations de nomades et parole d’officier de l’armée impériale de France, il ne pourra plus respirer l’air de ces vastes contrées.
   Occupé à ses pensées intimes, le Commandant Délpèche fut tiré par l’entrée dans sa tente d’un homme en soutane…
- Mon Comandant ! Puis-je entrer ?
- Entrez Caporal Kerry ! J’avais besoin de vous voir pour discuter avec vous de projets pour cette région du sud ouest où nous allons installer la civilisation de la France.
- Je suis à vous mon Commandant.
- Prenez place Caporal Kerry
- Merci mon Commandant
- Bien Caporal Kerry ! Allons au vif du sujet.
- D’accord mon Commandant et je suis à vos ordres.
- Caporal Kerry, tu n’ignores pas que je suis un fervent catholique et que je suis un ami intime du Cardinal Lavigerie et lors de notre dernière entrevue à la cathédrale de Notre-Dame- d’Afrique, il m’a demandé de faire des études sur les populations qui peuvent recevoir des églises pour travailler à leur évangélisation.
- Oui Commandant le Cardinal m’a instruit aussi sur cette demande et j’ai commencé à prendre des notes sur les traditions, les coutumes et us de ces tribus et certaines ont des prédispositions pour recevoir notre enseignement catholique. Le Cardinal veut créer des églises pour Pères Blancs et Sœurs Blanches et donner des cours d’initiation dans certains domaines au profit des filles et des garçons de personnes acquises à la France. Par exemple
De la maçonnerie, de la plomberie, de la charpenterie, de la boulangerie etc.… pour les garçons et de la couture et de la cuisine pour les filles, le tout avec un enseignement religieux qui en fera les premiers convertis algériens.
- Justement, j’ai parlé avec le Cardinal Lavigerie et nous sommes tombés d’accord pour entreprendre une évangélisation de ces contrées pauvres et démunies. Les futurs convertis constitueront de précieux auxiliaires tant dans les services que dans toutes les futures fonctions qui seront créées en Algérie. Même l’Armée Française aura son lot de goumiers dont le niveau ne sera pas celui des premiers conscrits avec lesquels nos officiers ont eu des difficultés à se faire comprendre. Cette situation a poussé nos chefs militaires à prévoir l’enseignement de l’arabe dans les écoles militaires françaises mais cela reste dérisoire quant à nos véritables besoins.
Les musulmans sont réticents à se convertir au christianisme car ils ont été élevés dans la peur de la foi mahométane qui les a toujours tétanisés au point d’accepter la mort que de renier leur religion.
Seulement, l’attrait de la civilisation française et la puissance de la France suffisent à convaincre certains d’entre eux et surtout les couches pauvres et les enfants abandonnés dont on pourra faire de futurs cadres catholiques qui feront l’Algérie française du futur.
- Mon Commandant, je veillerais à enregistrer toutes les informations utiles en faveur de l’œuvre d’évangélisation entreprise par le Cardinal Lavigerie. Ses pensionnats pour filles et pour garçons seront d’un grand apport pour l’avènement d’une Algérie française nouvelle. Les loi actuelles ne favorisent pas l’intégration des autochtones puisque les lois civiles interdisent tout mariage entre
individus de nos deux communautés. Le Cardinal est d’accord pour la suppression d’une telle loi
afin de créer une nouvelle race de Français qui seront un brassage de nos deux communautés et surtout entre individus ayant embrassé nos us et notre religion.
- Tenez-moi au courant de vos investigations Caporal Kerry !
- D’accord mon Commandant !
- Autre chose Caporal Kerry avant de nous séparer ?
- Oui mon Commandant ! Je suis à vos ordres.
- Vous savez que les troupes d’Abdelkader sont fanatisées à l’extrême par ses appels à la
 « djihad » et que nos troupes ont besoin qu’on les exhorte aussi à combattre au nom de nos valeurs catholiques. Notre guerre contre cet ennemi doit aussi être une guerre de religion et vous devez travailler à planter l’amour du sacrifice pour la chrétienté au niveau de nos hommes.
- Je le fais avec dévouement mon Commandant et je suis à l’écoute de tous nos homes de troupe et de nos sous-officiers et officiers. Ma formation d’infirmier et d’évêque m’aide dans ma tâche.
- Les rapports journaliers que m’adressent mes officiers sont très révélateurs du bon travail que vous menez au sein de notre compagnie. Je vous en remercie Caporal Kerry et continuez dans votre travail et la France vous doit beaucoup d’estime et de considération.
- Je ne fais que mon travail mon Commandant et le moral de nos hommes est ma priorité dans mes offices et mes rencontres avec nos soldats.
- Caporal Kerry, je vous remercie ! Vous pouvez rejoindre votre tente et tenez-moi au courant de toutes vos données recueillies sur le terrain.
- Ce sera fait mon Commandant avec la plus grande rigueur.
Il salue son supérieur et il sort.
 
L’attaque du campement
1840
 
Il fait nuit. Il est presque minuit. Des ombres furtives avancent vers le campement français. Si Larbi et ses hommes avaient choisi minuit pour attaquer le camp français.
- Ali Et toi Bachir, vous irez vous occuper du garde posté à l’est, toi Rabia et Belkacem vous prendrez celui au nord, toi Chafaa et Omar vous prendrez celui posté à l’ouest, et enfin toi Abdallah et toi Djoudi vous prendrez le gardien posté au sud du campement. Quant à vous six, vous allez vous occuper des chevaux que vous sortirez de leur enclos improvisé sans faire de bruit.
Gardez-vous de vous faire remarquer. Il est minuit moins 10 minutes et à minuit piles vous devez être derrière les gardes qu’il faudra neutraliser avec la seule manière possible : les égorger.
Etes-vous prêts mes frères ?
- Nous sommes prêts Si Larbi !
- Que Dieu vous aide et Allah Ou Akbar
Les hommes de Si Larbi pénètrent dans le campement. On ne voit que leurs ombres s’avancer avec
précaution. Les gardes français étaient en train de faire la passation des consignes aux nouveaux gardes :
- La nuit a été calme Sergent et rien à signaler
- Bien Soldat Maudert, vous pouvez aller vous reposer et vous remettre de ces quatre heures de garde éreintantes. Le soldat Rupert va prendre votre poste.
- Bien Sergent ! Je vais aller me reposer.
- Je vous accompagne car j’ai fait la relève de tous les postes.
Soldat Maudert ?
- Oui Chef !
- La sécurité du camp dépend de toi à partir de ce moment. Il ne faut pas sommeiller car je reviendrais souvent pour vérifier.
- Chef ! Vous pouvez compter sur moi.
- Allez ! Bon courage Soldat Maudert.
- Merci Chef.
    Les deux soldats quittent l’homme de faction et quelques minutes plus tard le garde commença à somnoler car toujours fatigué pour avoir été tiré du lit. C’est à ce moment que deux ombres furtives arrivèrent derrière lui se cachant derrière un fourré. Les deux hommes surgissent soudainement sur le soldat Maudert qui n’eut même pas le temps de réagir et ils le neutralisèrent en lui tranchant la gorge avec un grand coutelas.
- La route est libre Ali !
- Je te suis Bachir ! Si Larbi ne veut de vivant que le Commandant Délpèche. C’est à nous qu’incombe la mission de l’arrêter dans sa tente. Il n’a qu’un garde devant l’entrée de sa tenture.
Allez on y va. Nos hommes ont du presque mis hors d’état de nuire leurs gardes.
    A l’autre bout Rabia et Belkacem vinrent à bout du garde qui leur fut désigné :
- Le chien de Roumi n’a même pas vu ce qui lui arrivait !
- Il est tombé comme une feuille morte. Allons rejoindre nos hommes.
      Près de l’enclos aux chevaux, six ombres furtives faisaient sortir les chevaux avec une précaution soutenue. Ils leur donnent des tapes sur leurs croupes et les canassons dociles sortent silencieux l’un derrière l’autre.
  Les hommes de Si Larbi investissent tout le campement. Il y avait dix hommes aguerris pour chaque tente. Dans l’une des tentes, dix hommes entrent et les soldats français dormaient d’un sommeil profond. Le carnage commence. Les soldats furent passés au couteau et on eut cru qu’ils prolongeaient leur sommeil.
- Aucun d’eux n’a survécu et c’est à croire qu’ils se croient en terre déjà conquise !
- A cette même minute tous nos hommes ont du s’emparer de tout le campement. Allons rejoindre Si Larbi. Les Français ont du tous périr.
    Ils sortent. Si Larbi est au centre du campement entouré de ses hommes. Puis on voit Ali et Bachir arriver avec le Commandant Délpèche :
- Avance chien !
- Je ne suis pas un chien ! Je suis Commandant de l’armée impériale française
- Tu n’es qu’un chien enragé qui veut s’emparer d’un pays qui n’est pas le sien.
- Lâchez-moi et conduisez-moi à votre chef.
- Je suis là Commandant Délpèche et je suis Si Larbi Oumejkoune des Ouled Nail, celui-là même pour lequel tu as fait tout ce déplacement de Ouargla dans la montagne du Djebel Ammour.
- Oui je suis venu avec mission de vous arrêter ou de vous tuer. De toute façon, vous ne pouvez pas soutenir de lutte éternelle contre la France et l’action de votre insensé émir va tôt ou tard prendre fin car c’est le combat de Goliath contre David.
- Notre émir a appelé toutes les populations arabes, kabyles, chaouies, chenouies et targuies à rejoindre le djihad contre les impies que vous représentez vous les Français.
- La France perdra sûrement des hommes mais elle va triompher cher Si Larbi.
- Attachez-le mes braves, mettez-le sur un bon cheval et conduisez-le dans notre refuge. Il nous sera si précieux par les informations qu’il nous livrera. Ramdane,
- Oui Si Larbi !
- Prenez quatre hommes et emmenez-le. Je vous tiens responsables du Commandant Délpèche.
    Les quatre hommes attachèrent l’officier français, le mirent en selle, montèrent eux-mêmes sur leurs chevaux et partirent dans la nuit :
Mes braves hommes, le camp est à vous. Prenez tout ce qui est important : armes, vivres, documents et papiers. Brûlez les tentes à la fin de l’opération.
    Comme une traînée de poudre, les homes de Si Larbi commencèrent à s’emparer de tout ce qui pouvait leur servir. Au bout d’un instant, on vit un djoundi surgir accompagné d’un soldat Français :
- Si Larbi ! Si Larbi. J’ai trouvé un français caché dans un tonneau et il a levé les mains d-s qu’il m’a vu !
Les deux hommes s’avancèrent de Si Larbi.
Qui es-tu soldat ?
- Je suis l’aumônier Kerry, celui qui est chargé des prières des soldats. A peu près l’équivalent de votre imam.
- Ah d’accord ! C’est toi qui te renseignes beaucoup sur nos us et coutumes ?
- Effectivement, nous voulons comprendre les mécanismes de fonctionnement de vos différentes tribus. Mais je n’ai jamais tué car je ne me sers jamais des armes.
- En quelque sorte, toi tu es le poison le plus mortel car ce sont les âmes de mes frères qui t’intéressent pour les convertit au christianisme.
- Ma mission est de soigner les corps et les âmes et non à faire la guerre.
- Ne t’en fais pas aumônier, nous aussi Musulmans respectons les gens du Livre et nous n’allons pas vous tuer puisqu’on va vous relâcher.
- C’est vrai Si Larbi que vous me relâchez ?
- Je vous relâche mais à deux conditions !
-Elles sont acceptées Si Larbi et je vous fais mon serment que je transmettrais vos conditions aux chefs d’en haut :
- Première condition : tu vas te déshabiller de ta propre volonté et rejoindre les tiens dans la tenue d’Adam
- Pas de problème, je vais le faire.
    Il commence à se déshabiller sous les rires moqueurs des djounouds de Si Larbi
- Regardez-le le pauvre cochon de roumi qui vient nous enseigner comment sauver nos âmes de l’enfer !
 Les hommes de Si Larbi l’entourent et le regardent comme un objet de curiosité.
- Il n’est pas circoncis le pauvre et il ne va jamais se marier. Drôle d’avenir que va avoir ce pauvre hère !
- Voilà c’est fait Si Larbi et quelle est votre seconde condition ?
- Vous direz à vos supérieurs que les troupes de l’émir Abdelkader n’ont que leur foi pour vous combattre et elles le feront quoi qu’il en coûte.
- Ce sera transmis Si Larbi
- Vous pouvez partir mon ami et sachez que nous serons sans pitié contre les ennemis de Dieu et de notre peuple.
     Le moine tout nu partit dans la nuit en cachant son gros derrière de ses mains et sous les sarcasmes des djounouds de Si Larbi. Dès qu’il devint invisible dans la nuit, Si Larbi donna l’ordre à ses hommes :
- Partons mes braves car demain les troupes françaises vont chercher à venger les leurs.
         Les hommes montent sur leurs chevaux et s’évanouissent dans la nuit.
 
 
Une lettre de Claude à sa femme
1840
 
Marie est occupée à étendre le linge familial dans la cour de la maison familiale. Elle chantonne tout en accomplissant sa tâche. Il est dix heures du matin quand arrive un homme sur une bicyclette. C’est le facteur du village. Il arête sa course et descend :
- Bonjour Madame Picard
- Bonjour Monsieur Albert. Quel bon vent vous amène chez nous ?
- Juste du courrier à vous remettre et il vient d’Algérie.
- C’est une lettre de mon mari. Venez prendre un café Monsieur Albert
- Volontiers Madame Picard ! Vous vivez toujours avec vos parents ?
- Oui ! Depuis que Claude est parti en Algérie et c’est sa troisième lettre depuis qu’il a pris ses fonctions là-bas.
    La famille de Marie ( son père, sa mère, ses frères et sœurs) sort de la maison pour rejoindre Marie et le facteur :
- Bonjour Monsieur Albert !
- Bonjour Madame ! Comment va toute la famille ?
- Bien, merci ! Entrez Albert et venez prendre un café avec nous.
- Ce n’est pas de refus Madame puisque votre file Marie m’a déjà invité.
- Maman ?
- Oui ma fille !
- Occupez-vous toi et papa de Monsieur Albert et je monte dans ma chambre pour lire la lettre de Claude.
- Vas ma fille et reviens nous la lire pour avoir aussi de ses nouvelles car il nous manque vraiment notre cher Claude !
- Je vais vous la lire juste une fois terminée.
    Les présents entrent dans le grand salon et Marie prend l’escalier pour aller dans sa chambre.
Elle ouvre la lettre avec célérité et la déplia, puis elle lit :
                                       
Ma petite chérie,
 
       C’est ma troisième lettre que je te fais et cette fois-ci je te l’écris des plaines de Mascara où nous sommes en campagne contre les hordes d’Abdelkader. La région est très belle et de nombreux Européens ont commencé à y vivre détenant des fermes dans lesquelles ils font travailler des « khammès ». Khammès c’est un terme arabe qui désigne le un cinquième, c’est-à-dire que l’ouvrier arabe touche le cinquième de ce qu’il produira chez son patron alors que dans la réalité il touche moins que ça.
       Je t’ai parlé de cette famille dont j’ai fait la connaissance lorsque j’ai pris le bateau avec notre compagnie. Ils sont à Mascara et ils se sont spécialisés dans l’élevage : bovin, ovin et chevaux.
       La région de Mascara est très fertile et de nombreux fermiers Français, Maltais, Espagnols, Portugais, Italiens, ont fait de la culture de la vigne leur principale ressource. La vigne pousse merveilleusement bien à Mascara et les vins produits ici n’ont rien à envier à ceux de France car bien servis par un climat chaud.
         Quant à moi, je suis nommé brigadier et je suis à la tête d’une compagnie de gendarmerie dont la traque de la « smala » d’Abdelkader est notre objectif. Nous travaillons de jour comme de nuit à collecter tous les renseignements les déplacements de cette « smala » qui est un véritable gros village ambulant où vivent les femmes de l’émir, ses enfants, les nombreux membres de sa famille ainsi que leurs alliés. C’est plus de deux mille personnes entre femmes, enfants, vieux qui sont protégés par l’élite de l’armée d’Abdelkader.
Vendredi passé, j’étais en train de chevaucher avec mes hommes dans une plaine de Mascara. Nous étions plus de douze gendarmes et nous devions ouvrir la voie à un bataillon de notre armée pour ne pas subir de surprises. Au débouché d’une colline, des bergers fuirent à notre vue et nous rattrapâmes l’un deux pour lui demander de nous expliquer leur comportement.
Le pauvre hère était apeuré et tout tremblant. C’est dire que les Arabes ont une peur bleue de l’uniforme français.
Lorsque je l’ai interrogé, il m’a dit ceci :
«  Je me suis enfui car des hommes de l’émir nous avaient dit que les roumis inoculaient un mal mystérieux au moyen de potions qu’ils donnaient à leurs prisonniers et ces derniers perdaient la raison jusqu’à en mourir »
Lorsque je lui ai parlé en arabe, il s’est calmé et nous avoua : » Les hommes d’Abdelkader punissent toute personne qui approche les roumis et si il y a un traître, ils lui coupent la langue au couteau et nous avons peur ».
Effectivement, les populations arabes sont soumises à deux violences : la violence coloniale qui essaye d’asseoir sa suprématie et dont l’objectif noble est d’émanciper ces sauvages et la violence d’Abdelkader qui est impitoyable ».
 Mais dans nos chevauchées, nous sommes en train de réaliser un travail merveilleux et j’ai pu avec ma maîtrise de plusieurs dialectes arabes rallier de nombreuses tribus à la cause française.
Je suis très bien accueilli partout où je vais et nous avons commencer à installer des caïds ( un caïd en arabe veut dire chef) et ultime ironie c’est que nos chefs en haut lieu leur ont choisi des burnous ( un burnous= cape arabe) rouges. Tu te dis peut-être pourquoi la couleur rouge ? Les Romains qui sont nos glorieux ancêtres ont gouverné durant six siècles toute l’Afrique du nord en instaurant le règne des Rois esclaves qui devaient porter le burnous rouge qui est symbole de soumission.
La Franceperpétue cette politique du burnous rouge alors que dans leurs habitudes les arabes portent le burnous blanc.
Je t’informe Marie que peut-être je serais affecté dans une région un peu plus au sud où on a besoin de mes capacités. Cette région est aussi sujette à de violents soulèvements…..
 
     Marie tout en lisant la lettre de son mari voit dans le rêve son mari sur un cheval arabe chevauchant à travers des plaines infinies. Un grand cavalier tout chamarré de vêtements multicolores lui apparaissait avec ses nombreux cavaliers. Parfois ce sont les Français qui poursuivent leurs ennemis, parfois ce sont ces arabes qui surgissent comme des fantômes sur le campement de son mari qui oppose une résistance farouche….
 
« Que de fois, nous avons eu maille avec les bandes d’Abdelkader et n’étaient nos canons, ils nous auraient tous égorgés car ils ne craignent pas de mourir, ma petite Marie. Les djounouds d’Abdelkader connaissent mieux le terrain mais de nombreux goumiers (un goumier= soldat arabe enrôlé dans les rangs français) nous fournissent de précieux renseignements car connaissant les tactiques d’Abdelkader.
     Que fais-tu de tes journées ma petite chérie ? Est-ce que tes parents, tes frères et tes  sœurs sont en bonne santé ? J’espère avoir de vos nouvelles bientôt. Tu me manques ma petite colombe et dans mes chevauchées, ta silhouette gracieuse m’accompagne tout le temps.
    Je t’embrasse bien fort. Claude qui t’aime. »

 
Une rencontre de Claude Picard avec Si Mohamed Séghir Tidjani
1841
 
Dans le vaste salon de Si Mohamed Seghir, le Majordome Claude Picard était avec deux autres gendarmes de son peloton en pleine conversation avec leur bienfaiteur.
- Je suis fort heureux de votre visite dans notre zaouïa, Majordome Picard. Le lieutenant de votre groupement m’a informé de votre visite et m’a révélé que vous parlez tous nos dialectes. C’est bien pour un Français que de comprendre la langue de notre vénéré Prophète !
- Oui noble Sidi Mohamed Seghir ! Je parle tous les dialectes arabes et j’ai appris l’essentiel à l’école de gendarmerie en France. Mais n’est-ce pas un de vos proverbes qui dit : « Celui qui apprend la langue d’une communauté se préserve de son mal ! »
- Je vois que vous avez même appris des hadiths Majordome Picard !
- Appelez-moi Claude Sidi Mohamed !
- D’accord Claude et sachez que ma maison sera toujours la vôtre tant que vous serez dans notre région de Ain Madhi
- Votre sens de l’hospitalité est décrit partout chez nos supérieurs de la gendarmerie et de l’armée. Ils ne tarissent pas d’éloges envers vous et tous vos disciples qui nous aident dans nos tâches quotidiennes à lutter contre la subversion d’Abdelkader.
- Justement je suis venu discuter avec vous de certaines informations concernant sa smala qui aurait été aperçue dans les environs de Djelfa. Et comme vous comptez de nombreux adeptes dans cette contrée, nous aimerions avoir votre idée de ces rumeurs qui circulent sur les déplacements de cette smala.
- Mes nombreux disciples et Dieu sait qu’ils sont nombreux dans la lointaine Djelfa ne m’ont pas informé du passage de la smala d’Abdelkader et s’ils l’avaient aperçue, ils m’auraient envoyé des émissaires pour me prévenir. Mais toujours est-il qu’ Abdelkader va chercher à tout prix à s’éloigner de son fief de Mascara où les troupes françaises sont si nombreuses pour venir se réfugier dans le vaste sud et utiliser la couverture du nomadisme pour passer entre vos filets.
- Justement Sidi Mohamed ! On nous a signalé des déplacements de nombreux adeptes de la zaouïa « rahmania » qui essayent de convaincre les autres zaouïas de faire jonction ensemble et de participer au djihad. Et mes supérieurs voulaient savoir votre point de vue Sidi Mohamed.
- Je sais que vous êtes nouveau dans notre région, cher ami, Claude et je vais vous donner le point de vue de la zaouïa que je dirige.
   Il réfléchit un moment et ajouta :
Ma zaouïa s’étend du Maroc jusqu’aux confins du Soudan et de l’Arabie. Ce sont des millions de disciples qui suivent notre voie « tarîqa » et nos adeptes ont compris que nous n’avons pas intérêt à nous opposer à la puissance de la France qui est un empire fort. Tous mes hommes et à leurs têtes mes moqqadems ont été instruits de ne pas s’impliquer dans des opérations de rébellion où nous n’avons rien à gagner mais tout à perdre. Que ce soit au Maroc, au Sénégal, au Niger, au Mali, au sud algérien, en Tunisie, en Libye, au Soudan, nos oulémas ont fait le serment de respecter le pacte de neutralité que nous avons conclu avec les chefs militaires français en contrepartie de nous laisser jouir de nos privilèges ancestraux qui sont les ziaras à nos ouailles.
- Effectivement, j’ai été instruit de tout cela noble Seigneur et mes chefs apprécient votre position et nous ferons tout pour que vous jouissiez de vos privilèges mais mes chefs se sont dits que peut-être le cheikh Sidi Mohamed aurait  des informations à leur fournir sur ces déplacements des lieutenants d’Abdelkader dans la région.
- Mon cher Claude ! Notre zaouïa a trop souffert du dernier siège d’Abdelkader de notre zaouïa mère dans laquelle tu te trouves en ce moment. Notre ville de Ain Madhi a été assiégée durant huit long mois nous privant de tous déplacements vers nos fidèles. Abdelkader croyait nous réduire à néant en nous encerclant avec ses troupes mais il ignorait que notre ville fortifiée était conçue pour résister à un siège de trois ans sans manquer de rien.
Certes, ce siège nous a causé de grosses pertes en biens puisque les dons n’arrivaient plus durant huit mois mais les vivres, l’eau ne manquaient pas à notre population. Donc, cher Claude, si les troupes d’Abdelkader étaient dans les parages, je serais le premier à en être inquiété tant il constitue une menace pour notre confrérie. Pour lui la France est un ennemi mais moi, je représente un apostat à ses yeux en refusant de m’aligner sur ses positions « djihadistes ».
Je ne sais si vous saisissez cher Claude ce que je vous dis là ?
- Cinq sur cinq, noble Seigneur ! Je m’en excuse mais je voulais entendre votre point de vue et c’est fait. Laissons ce sujet et parlons un peu de vous noble Seigneur car beaucoup de nos chefs vous disent sage et éclairé !
- J’essaye de vivre ma religion avec mes fidèles selon l’enseignement de mes ancêtres, loin de toutes violences. La violence ne règle jamais les choses. J’ai  déjà de nombreuses obligations envers mes fidèles qui sont des millions pour aller me fourvoyer dans une guerre insensée. Je ne peux engager la vie de millions de gens innocents dans une entreprise perdue d’avance.
- Je comprends, je comprends Sidi Mohamed. Je voulais avoir des nouvelles surtout des membres de votre famille. Car on m’a dit que vous aviez une grande famille dont vous vous occupez.
- Oh ! Mon ami. Je vous remercie pour tous ces bons sentiments. Quant à ma famille, les nouvelles de mes frères, cousins, alliés… sont bonnes. Tout le monde est si heureux dans notre grande confrérie mis à part moi qui ai un grave souci en ce moment…
-Et quel est ce souci Sidi Cheikh car nous sommes prêts à vous aider comme notre principal allié dans la région de Laghouat et du Sud ?
- Ce n’est pas quelque chose où vous puissiez m’être de quelque secours mon cher Claude ! Il n’ y a que Dieu le Tout Puissant qui peut me venir en aide dans ce problème.
- Dites toujours brave Sidi Cheikh et je verrais ce que je pourrais faire !
- Voilà, cher ami ! Je suis marié à quatre belles femmes des plus grandes tentes musulmanes et elles ne m’ont donné jusqu’à présent que huit filles !
- C’est bien Sidi Cheikh ! Vous voilà père de huit belles filles et je ne vois pas le problème où il se situe !
- C’est là tout le problème mon ami !
- Comment vénérable Sidi Cheikh ?
- Claude mon ami ! Tu vois que mes filles ne me seront d’aucune utilité car c’est d’un héritier que j’ai besoin. Mes quatre femmes ne m’ont pas donné de fils qui va hériter de mon vaste royaumeet cela m’affecte beaucoup. Je suis à l’orée de ma vie et je commence à sentir le poids des années. Mes quatre femmes ne m’ont donné que huit filles et elles ne pourront pas hériter de mon royaume.
- Cela me pose un problème de succession car la loi musulmane ne peut admettre le règne d’une femme au sein d’une confrérie religieuse puisqu’elle ne peut tenir les offices relevant des prérogatives des hommes.
- C’est triste Cheikh ! Mais il ne faut pas perdre espoir en Dieu car Il pourra vous apporter ce que vous attendez : un fils qui va vous succéder.
- Je vais appeler mes servantes pour nous apporter du thé. Vous voulez bien une tasse de thé Claude ?
- Volontiers Si Mohamed !
- Zohra ! Zohra !
    La porte s’ouvre et apparaissent Zohra et Zineb dans leurs belles tenues amples.
 -  Oui Sidi ! Je suis à ton service.
- Allez mes filles nous ramener du thé chaud et mettez de la menthe fraîche avec.
- Vous ne voulez pas autre chose Sidi pour ces Messieurs ?
- Ils prendront du thé seulement mais ramenez aussi quelques gâteaux légers pour leur faire connaître notre cuisine.
  Zohra et Zineb sortent :
- Ce sont de belles servantes Sidi Mohamed ! Elles paraissent toutes gentilles.
- Je les ai ramenées du lointain Soudan où j’ai de nombreux disciples. Ce sont des filles de familles pauvres et comme elles vivaient dans la pauvreté et le dénuement, mes hommes les ont ramené pour servir notre confrérie.
- Il parait que l’esclavagisme existe encore dans certaines contrées et certains cercles français veulent arrêter ce fléau.
- Ces filles ne sont pas des esclaves mais des servantes de la confrérie. Elles sont de bonnes musulmanes, elles font leurs prières et sont considérées comme des membres de notre grande communauté. Elles pourront se marier quand elles auront trouvé des prétendants mais comme elles vivent bien dans mon palais, elles se plaisent ici.
- Ce sont de belles femmes ces Soudanaises et si l’instruction venait à atteindre leurs pauvres contrées, elles pourraient faire de bonnes citoyennes.
- Elles apprennent le Coran et la langue arabe au contact de nos filles et de nos femmes.
     A ce moment les deux servantes reviennent avec la grande théière toute fumante. Elles servent le thé avec tout l’art qu’elles ont appris. Claude Picard les suit du regard…
- Etes-vous mariés Claude ?
- Oui vénérable Sidi Mohamed ! Je suis marié à une Française qui a préféré rester dans notre pays.
- Ah ! Les Françaises doivent suivre leurs hommes partout où ils vont car nos femmes musulmanes ne peuvent pas refuser une telle demande.
- Je sais Cheikh ! Mais c’est la vie et elle a préféré vivre auprès de ses parents pour ne pas me gêner dans ma tâche. Elle ne pouvait pas m’accompagner car elle ne peut pas supporter la solitude de mes absences dans un logement de fonction. Elle est restée avec ses parents mais nous nous envoyons du courrier régulièrement.
De toute façon, j’ai beaucoup apprécié votre hospitalité qui est devenue légendaire auprès de toutes les hautes autorités françaises.
- Vous serez toujours le bienvenu dans ma maison Claude et la France est ce pays qui nous apporte les nouveautés de la science et du savoir et nous allons collaborer avec la puissance administrative de votre pays en gardant nos valeurs que nous pourrons vivre dans le respect des valeurs françaises.
- Merci de tous ces nobles sentiments qui vous animent Cheikh Sidi Mohamed Seghir. Mon rapport aux hautes autorités de mon pays vous sera favorable.
   Les palabres continuent entre les deux hommes.
- Je vais vous quitter noble Seigneur et je vous remercie pour tout votre accueil chaleureux. Allez mes chers amis, nous pouvons prendre congé de notre bienfaiteur.
- Je vous accompagne mes chers amis et vos chevaux sont bien gardés par mes hommes.
Ils sortent du grand salon et se retrouvent près de leurs chevaux qu’ils montent avec beaucoup d’art afin d’impressionner tous les hommes du cheikh présents sur place.
 
 
 
 Poursuite d’un groupe d’Abdelkader
1842
 
     Dans la vaste plaine de Tiaret, le majordome Claude Picard est à la tête de sa compagnie surarmée. Plus de soixante gendarmes à cheval galopaient derrière un groupe de douze fuyards.
- Foncez mes chers camarades ! Il ne faut pas qu’ils nous échappent. C’est la bande d’Abdeslam le chef le plus redoutable parmi les lieutenants d’Abdelkader.
Pas de repos tant que nous ne les aurons pas anéantis.
- Chef ! Ils sont en train de se diriger vers ce large canyon pour s’évaporer dans la nature.
- Ils ne pourront aller très loin car nous connaissons la région mieux qu’avant. Nos cartes militaires sont infaillibles et nous savons quelles sont leurs manœuvres. Plus vite mes braves, il faut les rattraper et leur couper toute retraite.
     Les hommes poussent des cris d’encouragement aux bêtes.
-Hue ! Allez, hue !
- Hue ! Hue !
Les chevaux prennent un détour et on voit au loin les cavaliers d’Abdelkader fuir. A l’entrée du détour, on entendit des tirs de fusils. Les chevaux se cabrèrent.
- Pieds à terre ! C’est un guet-apens. Nous sommes tombés dans un piège Chef !
- Mettez pieds à terre et mettez-vous à l’abri. Vite ! Ce ne sont pas des bandits de grands chemins qui vont nous faire peur.
-Chef ! Le gendarme Murray a été touché à l’abdomen. Il perd du sang.
- Infirmier ! Occupez-vous de lui. Les autres mettez-vous à l’abri et feu à volonté sur l’ennemi.
 Les hommes du brigadier Claude Picard courent se cacher derrière les rochers.
- Ils ne sont pas nombreux Chef !
- Pas de quartiers ! Il faut les débusquer. C’était un piège pour freiner notre course poursuite contre leurs frères.
- Chef !
- Oui Sergent Zemmour !
- Je vais prendre un petit groupe et les prendre par revers car leurs armes sont rudimentaires.
- Allez Sergent et n’ayez aucune pitié des insurgés !
    Les hommes du Sergent se faufilent à travers la roche du promontoire :
-Vite mes braves ! Faites attention aux balles de l’ennemi et feu à volonté sur tout ce qui bouge.
- Regardez Chef ! Ils sont en train de se tirer. Ils sont malins. Après nous avoir stoppé et éparpillé nos forces et nos chevaux, ils ont tiré dans le tas et ils s’enfuient sur leurs montures légères.
- Je vois ! C’est leur éternelle tactique. Ils attaquent par surprise afin de couvrir leurs frères d’armes et la désorganisation de notre groupe permet aux assaillants de fuit à leur tour et le temps de regrouper nos chevaux et de reprendre la poursuite qu’ils deviennent introuvables comme si la terre les a engloutis.
Regroupez vos chevaux et occupez-vous des blessés s’il y en a. Sergent Surètres !
- Oui Chef !
- Je veux votre rapport dans un quart d’heure et dans trente minutes nous devons rentrer à notre caserne.
- D’accord chef ! Allez les hommes, regroupez vos chevaux et procédons à l’appel
     Les hommes s’affairent à regrouper leurs chevaux et quelque temps après le Majordome Picard revient :
- Chef !
- Oui, Sergent Surètres !
- Nous avons un blessé léger par balles et deux chevaux perdus
- Prenez le blessé en croupe sur’ l’un des chevaux et l’autre gendarme aussi sur un autre cheval et partons. Direction la caserne.
 La compagnie s’ébranla et quelque temps après, elle arriva devant la caserne. Il y avait le Lieutenant Delattre dans la cour de la caserne. Les hommes mirent pied à terre et le Majordome Picard salua son chef :
- Alors Majordome Picard, quelles sont les nouvelles de votre poursuite ?
- Nous étions derrière les fuyards et au détour d’un canyon, nous fûmes surpris par les tirs nourris des hommes de Si Larbi cachés dans les rochers. Nos hommes ont eu juste le temps de se mettre à l’abri et nos chevaux se sont éparpillés dans la nature. Nous avons donné la riposte aux insurgés et le temps de tirer, ils étaient déjà sur leurs montures pour partir au galop. Les salauds ont bien préparé leur coup mais ce n’est que partie remise !
- Y a-t-il des pertes dans nos rangs, Majordome Picard ?
- Juste un de nos hommes légèrement blessé au niveau de son épaule et nous avons enregistré la perte de deux chevaux !
- Je vais dans mon bureau et dès que vos hommes auront rejoint les écuries pour faire reposer leurs chevaux, je vous attends dans mon bureau pour un rapport circonstancié de la journée.
- D’accord Lieutenant, je suis à vous dans dix minutes. Vous pouvez rompre mes chers amis. Allez mettre vos chevaux aux écuries et allez vous détendre.
   Les hommes en uniforme exécutent les ordres du chef et ils partent en file indienne vers les écuries de la caserne. Claude Picard se dirige vers le bureau du Lieutenant Delattre qu’il trouve accaparé à scruter une carte géographique fournie par l’état-major de l’armée :
- Tu vois Majordome Picard !
- Quoi Lieutenant ?
- Nous avons toute cette vaste région à couvrir et nous devons mettre un terme aux agissements de Si Larbi Oumejkoune et de ses hommes. Avec le concours de l’armée et le renseignement que nous glanons en temps qu’unité d’élite, dans quelque temps, cet homme ne pourra plus inquiéter les caravanes du sud qu’il a terrorisées.
- C’est une question de temps Lieutenant et la France a les moyens d’imposer sa loi partout sur le sol de ce pays qui va devenir le nôtre bientôt.
- Raconte-moi mon ami cette sortie et cette course-poursuite…
     La Majordome commença son récit :
Nous étions derrière eux et ils fuyaient comme des renards mais au détour d’un canyon….
Le Majordome continua à rapporter tous les faits de la journée à son chef qui l’écoutait assidûment d’une oreille attentive….
 
 
Un noël sans Claude
1842
 
La maison familiale de Marie était en pleine effervescence. Tout le monde était là : son papa, sa maman, ses frères et sœurs. La table était bien garnie de victuailles pour la circonstance.
- Maman : Ta dinde a été un vrai régal pour nous tous.
- Oui mon petit, je l’ai laissée mariner dans du vin blanc durant près de 24 heures et je voulais vous offrir un plat traditionnel à la manière de ma mère.
- Maman : Peux-tu nous servir ce gâteau aux fraises que tu nous as concocté pour notre noël ?
- Bien sûr mon ange et tu auras une grosse part en plus !
- Merci maman
- Marie chérie !
- Oui maman !
- Tu peux aller nous retirer le gâteau qui est sur la poêle et nous allons le déguster en ce jour béni de Noël !
- J’y vais maman et vais-je aussi ramener la bouteille de cidre que tu as faite avec les pommes de notre jardin ?
- Oui, tu la ramènes aussi et c’est aussi une recette de  ma mère pour les petits enfants. Ce n’est pas trop alcoolisé et les enfants auront droit aussi à leurs petits verres.
Marie commence à desservir la table, elle s’en va vers la cuisine et revient avec une grande tarte toute fumante et une bonne bouteille avec un goulot en fer qu’elle dispose sur la table.
- C’est bien ma fille, passe-moi le couteau afin que je vous serve
- Voilà maman !
   La mère découpe la belle tarte et sert en premier son mari puis ses enfants tour à tour.
- C’est si exquis maman !
-  Mange ma petite, un jour je t’apprendrais comment on les fait.
- C’est promis maman que tu vas m’apprendre toutes les vieilles recettes de grand-mère ?
- C’est promis ma chérie et ta sœur Marie les a bien apprises elles. N’est-ce pas Marie ?
- Oui maman ! Je les ai toutes apprises avec leurs ingrédients que parfois je les réussis mieux que toi maman.
- On dit toujours que l’élève dépasse le maître, ma fille.
- Non ! Maman. Pour te dépasser je suis incapable et j’ai beaucoup de choses encore à apprendre.
Toute la famille déguste la belle tarte de maman et un peu plus tard Marie  s’adressa à sa maman :
- Vous m’excuserez car je dois monter dans ma chambre pour me reposer un peu et je reviens. D’accord maman ?
- Tu peux aller ma fille te reposer un peu et je viendrais te rejoindre après
Marie quitte la table familiale, montre l’escalier, ouvre sa porte puis va directement à sa commode et se saisit d’une lettre déposée là. Elle l’ouvrit et tout en la lisant fondit en pleurs.
 
Mon cher Claude
 
         Voilà déjà trois noël que tu n’es plus avec moi. C’est sûr que tu as dû le fêter dans ta caserne avec tes gendarmes qui sont ta seule famille mais sache que ton absence me pèse lourd.
     Demain c’est Noël et maman va  préparer une belle tarte aux fraises avec une recette de
 grand-mère ainsi qu’une bonne bouteille de cidre léger qu’elle tient aussi de cette merveilleuse femme.
   Toute la famille se porte bien et les travaux des champs sont impossibles puisqu’il neige et il pleut tout le temps. Les bêtes de notre ferme sont dans leurs enclos à l’abri et nous sortons juste pour leur donner à manger et à boire ainsi que pour certains menus  travaux d’entretien.
   Le temps est si lourd que rien ne vit à l’exception des cheminées qui rappellent au monde que des êtres humains et des bêtes vivent dans nos maisons. L’hiver est si terrible que nous sortons à peine de la maison.
Quand papa sort de chez nous, c’est toujours soit pour nourrir ses bêtes, les soigner ou soit dégager notre toiture des quantités énormes de neige qui s’entassent dessus. Nous lui donnons un coup de main car il ne peut pas tout faire à la fois mais il est d’un courage à te surprendre.
   Les enfants sont en vacances d’hiver et les seules sorties que nous faisons, c’est pour aller à l’église le dimanche où il fait bon d’avoir des nouvelles des amis et des voisins.
  C’est ici que j’ai arrêté ma lettre hier et aujourd’hui jour de Noël, je reprends ma plume pour te donner plus de détails sur notre jour de Noël
Aujourd’hui toute la famille s’est réunie autour de la belle tarte de maman. Elle fut si succulente que j’ai pensé à toi qui étais absent. Nous l’avons savourée en priant Dieu de t’accorder santé et force pour mener à bien la tâche qui est la tienne sur cette terre lointaine d’Algérie.
  Chaque nuit, je te vois dans mon rêve chevauchant à la tête de tes hommes et poursuivant des hommes fantomatiques habillés d’une vilaine façon de longues gandouras sales. Ce sont tes lettres relatant tes péripéties qui doivent influencer ma mémoire dans mon sommeil et hier j’ai rêvé que tu avais arrêté cet illustre Abdelkader qui hante mes nuits.
   Quand je me réveille en sursaut, c’est toujours le froid glacial des murs qui me répond et je n’arrive plus à me rendormir qu’au petit matin.
   Tu me manques Claude et j’ai honte de moi de ne pouvoir être à tes côtés. Je suis une femme si faible de nature que parfois je m’en veux de ne pas avoir quitté ma région pour te suivre là où tu es en ce moment. Ma place, certes, est à tes côtés mais je ne pourrais supporter l’image de te voir sortir un matin pour ne te revoir que quinze jours après. Comment supporterais-je cette solitude pesante qui m’a toujours angoissé ? Comment réagirais-je si tu me revenais tout blessé d’un combat que tu aurais livré à ces hordes sauvages ? Comment pourrais-je vivre seule dans un logement où la seule chose qui me rappelle à la civilisation est le clairon matinal des gendarmes  qui se préparent à une autre journée de travail ?
Je n’ai pas de réponse à te donner Claude mais je sais que tu me comprends mon beau nounours.
 Prends soin de toi et fais attention à la perfidie arabe car pour eux tu restes «  un sale roumi qui leur a pris leurs terres ». Prends soin de toi, des maladies de ce pays et il parait qu’elles font des ravages au sein des troupes françaises.
   Aujourd’hui c’est Noël et toute la famille est dans notre grand salon. Je me suis réfugiée dans ma chambre pour terminer ma lettre et te dire combien j’ai envie de te voir dans notre lit pour te serrer contre ma poitrine. Tu me manques Claude mais la vie est ainsi faite et je dois m’y faire et me montrer sobre et patiente.
     Je te souhaite une très bonne santé et beaucoup de réussite dans tes responsabilités qui sont devenues immenses dans ce bled que tu commences à tant aimer.
            Ta douce Marie qui t’aime toujours à la folie.  Bisous magnétiques mon gros nounours.
 
           La lettre terminée, Marie descend rejoindre les siens.
- Alors Marie, tu t’es un peu remise de l’absence de Claude ? Il doit te manquer en ce jour de Noël ?
- Ca va maman ! Je viens juste d’achever la lettre que je devais lui envoyer à l’occasion de ce troisième Noël sans lui à la maison et je vais demander à papa de me la poster demain.
- Pas de problème ma chère fille, j’irais à la poste et je la confierais à Monsieur Rideau notre bon postier.
- Viens dans mes bras ma chère petite ! Même si Claude est absent, il est présent dans nos cœurs et nos pensées l’accompagnent là où il est.
   Les deux femmes se serrent l’une contre l’autre et la maman de Marie lui ajouta :
- Il va revenir sain et sauf ma fille. Claude est un homme si fort qu’il te reviendra bientôt tout riche
et plus amoureux encore qu’avant car son absence l’aura privé de belles années d’amour…
- Je prie Dieu de t’entendre mère et chaque nuit je demande à la Sainte Vierge Marie de veiller sur lui et ses hommes.
 
 
 
 

 

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Published on e-Stories.org on 02.07.2011.

 

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